J’ai écrit le texte ci-dessous avant Shabbat, alors que le cessez le feu avec l’Iran était peu ou prou respecté et que le souci principal des Etats Unis et de l’Iran était de négocier pour aligner des impératifs irréconciliables.
En 24 heures tout a changé : l’Iran a envoyé des dizaines de missiles sur Israël et certains Etats du golfe, Trump a cherché à empêcher Israël de riposter, l’Iran a menacé Israël, les USA et leurs alliés de représailles extrêmes si Israël attaquait l’Iran. Israël a attaqué avec fermeté, détruisant des sites militaires et aussi une usine d’hydrocarbures.
Et puis, quelques heures plus tard, l’Iran a déclaré formellement la fin des hostilités contre Israël, et le retour vers le cessez-le-feu.
Cinq leçons peuvent être dérivées des évènements de ces dernières 24 heures :
(1) Le President Trump n’est plus le leader mondial écouté et respecté qu’il croit être. Il se fait manipuler par l’Iran de manière évidente et même Israël a appris à passer outre ses demandes.
(2) Bibi Netanyahou comprend les impératifs vitaux pour Israël et sait agir pour les assurer, même si, encore une fois, il ne semble pas vouloir (ou pouvoir) aller jusqu’à la réalisation d’objectifs critiques.
(3) Tsahal, et en particulier son Armée de l’Air ont démontré encore une fois leur supériorité absolue, leur maitrise et leur professionnalisme.
(4) Les mouvements de protestation internes en Iran se sont amplifiés de manière significative durant ces 24 heures : d’avantage d’opposants dans les rues de plus de villes. Le changement de régime est la solution unique et ultime à tous ces problèmes.
(5) L’Iran a encore une fois reconnu qu’ils n’avaient aucun moyen de gagner ni la guerre ni même une bataille au plan militaire et ont donc battu en retraite.
Il y a bien sur une arrière-pensée stratégique dans ce recul : l’Iran a besoin de signer un accord avec le Président Trump. Ils savent que Trump désire aussi ardemment cet accord. Ils pensent pouvoir le manipuler pour arracher des clauses qui leurs seront très favorables. In fine, ce qu’ils souhaitent, c’est le retour de leurs centaines de milliards de dollars, et des clauses vagues et étalées dans le temps sur le nucléaire et les missiles. Ils pourront alors reprendre leurs vies de Nabab, se positionner comme des vainqueurs sinon des héros, et asseoir encore d’avantage leur emprise dictatoriale sur le peuple. Avec à terme le développement de missiles intercontinentaux et de la bombe atomique.
Dans ce contexte, et alors que les négociations devraient reprendre sous peu, le reste de cet article reste aussi pertinent qu’il l’était il y a 48 heures. Je vous en souhaite bonne lecture.
Les soi-disant négociations entre les États-Unis et l'Iran ne se passent pas bien. En vérité, les deux parties, assistées par des intermédiaires peu fiables, se parlent sans vraiment s'écouter ; il n’y a pas de dialogue. Aucun des éléments de la liste de souhaits exprimée par les États-Unis et l'Iran n'est même proche d'être accepté, les lignes rouges sont franchies puis rapidement oubliées, et de nouveaux sujets de discussion sont ajoutés de manière aléatoire. Ces derniers jours, nous avons assisté à la reprise d’une sorte de guerre de faible intensité, signe qu'aucune des parties ne souhaite voir revenir une guerre totale. Paradoxalement, les États-Unis sont perçus comme faibles, malgré leurs succès militaires considérables, et l'Iran est perçu comme fort, résolu et dangereux, malgré l'état déplorable de son économie et la défaite qu'il a subie précédemment. Pour compliquer encore les choses, le Congrès américain vient d'adopter une résolution (qui ne se concrétisera probablement pas) visant à limiter sévèrement la capacité du président Trump à faire la guerre, voire à poursuivre cette campagne militaire contre l’Iran. Et pourtant, tant l’Iran que les États-Unis répètent jour après jour qu’ils veulent signer un accord de cessez-le-feu à long terme dès que possible.
Comme je l’ai dit, « les choses ne vont pas bien ». Alors demandons-nous : devons-nous nous en inquiéter ?
Quel que soit l’accord, qu’il soit verbal, écrit ou autre, que les États-Unis signent avec l’Iran, ce document ne vaudra rien. Comme l’a démontré le JCPOA de 2015, l’Iran mentira, trichera, reniera, dissimulera, etc. et in fine se soustraira à toutes ses obligations.
À ce stade, je crois devoir être plus précis sur le vocable utilisé : tout au long de cet article, et sauf indication contraire, le mot « Iran » fait référence au régime qui contrôle le pays et qui est composé de Mollahs, d’Ayatollahs et de la Garde révolutionnaire islamique (également connue sous le nom de Pasdaran). Cette organisation dictatoriale (ou terroriste) détient un pouvoir absolu sur l’Iran depuis 1979. Au cours de ces 47 années, ils ont terrorisé leurs voisins, construit une force militaire redoutable, appauvri leur population et se sont personnellement considérablement enrichis. Ils affirment tirer leur légitimité de l'application de la forme la plus stricte de l'islam. Une partie de cela s’appuie sur leur volonté déclarée d’annihiler Israël et les États-Unis, puis de devenir la puissance dominante absolue sur tout le Moyen-Orient et au-delà. Cela explique pourquoi ils affirment avoir besoin d'armes nucléaires en quantité et des moyens de les projeter à travers les océans.
Pour revenir à mon argument : quel que soit l'accord qu'ils atteignent, signent et scellent, les dirigeants actuels de l'Iran n'abandonneront jamais ces projets (armes nucléaires, missiles balistiques intercontinentaux, etc.). Encore une fois, considérez comme exemple ce qu’il est advenu du JCPOA.
Mon raisonnement est très simple : si nous continuons à traiter avec ces mêmes extrémistes islamiques, et puisque nous savons qu'ils ne respecteront jamais aucun accord que nous signerions avec eux, alors pourquoi investir tout ce temps et ces efforts dans une négociation futile dont les aléas alimentent l’anxiété des peuples de la région ?
À ce jour, il devrait être évident pour tout le monde que le seul moyen d'injecter de la crédibilité dans ces négociations et d'assurer que toutes les parties avancent vers un avenir pacifique est un changement drastique et complet de régime et de constitution en Iran. Cela doit être la priorité absolue de tous les pays de bonne volonté souhaitant aider la cause de la paix et enfin libérer le peuple iranien d'une horrible oppression. Il devrait s'agir d'un effort clandestin visant à responsabiliser, autonomiser et protéger les citoyens iraniens. À partir de là, un régime véritablement démocratique peut être mis en place, dépourvu de toute influence islamiste, et engagé pour la paix, y compris avec les États-Unis et Israël.
Il y a des raisons d’être pessimiste : le sentiment anti-Israël au sein de la population américaine augmente rapidement, y compris au sein du congrès; la marge de manœuvre dont dispose le Président Trump décroît rapidement ; les décisions prises par certains membres de son administration, en particulier Steve Witkoff et JD Vance, sont au mieux incompréhensibles, au pire franchement hostiles ; et surtout, ces dernières semaines, Trump et son équipe semblent porter bien plus d’attention à la Turquie et aux Emirats qu’à Israël.
Mais Il y a aussi des raisons d’être optimiste : des réseaux clandestins se mettent en place en Iran sous l’égide, entre autres de Reza Palhavi et de l’énigmatique « Prince Vert » ; des lycéens et étudiants sont descendus en grand nombre dans les rues d’une vingtaine de province Iraniennes pour protester contre le régime des Mollahs ; la presse américaine rapporte une pression croissante de la population contre le régime, motivée à la fois par les conditions de vie désastreuses mais aussi par la répression féroce menée par les Gardiens de la Revolution. Tout ceci porte à croire qu’un renversement de régime est souhaité et même possible.
En conclusion, à mon humble avis, les parties négociant avec l'Iran (c'est-à-dire les États-Unis et dans une certaine mesure Israël) devraient aborder ces négociations avec un ensemble plus affûté de stratégies et de tactiques. Tout d'abord, le temps n'est pas notre ennemi. Tant que les efforts clandestins pour autonomiser le peuple iranien sont en cours, nous ne devrions pas nous sentir pressés de conclure rapidement un accord. Deuxièmement, dans cet accord potentiel de cessez-le-feu en cours de discussion, nous devrions accorder la plus haute priorité à la surveillance et à l'inspection, constantes, approfondies, sans limitation de moyens, de temps ni de portée. Bien sûr, nous pouvons demander aux Mollahs de transférer leur stock d'uranium et peut-être même leurs missiles à longue portée, mais ils ne seront pas d'accord, et même s'ils l'étaient, ils ne s’y conformeraient pas. L'inspection et la surveillance nous donnent la meilleure alternative : savoir combien ils en ont (uranium et missiles) et savoir où ces stocks se trouvent.
Alors, avons-nous encore des raisons de nous inquiéter ? Eh bien, si tant est que les nations occidentales travaillent activement à renverser ce funeste régime iranien, je ne vois vraiment aucune raison de nous inquiéter des détails dans ce possible nouvel accord.
Jean-Pierre Braun a passé sa carrière au cœur de la Hi Tech dans la Silicon Valley (Californie). Jean-Pierre a également été le fondateur et président pendant 20 ans d’une synagogue unique au centre de la Silicon Valley et, à son retour en France, est devenu vice-président du CRIF Rhône Alpes et président de la communauté Rachi à Grenoble. Avec sa femme Annie, ils ont fait leur Aliyah à Jérusalem en 2016.
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