A propos d’une émission d’Eric Mechoulan sur la guerre à Gaza
1. L’excellente chaîne Mosaïque sur YouTube, qui s’est donnée pour mission d’analyser les événements en Israël depuis le 7 octobre, a donné la parole à Eric Mechoulan, ancien responsable de l’analyse stratégique à la DGSI. L’entretien vaut le détour. L’homme est posé, mesuré et dépourvu de cette prétention à tout savoir sur Israël qu’on retrouve souvent chez des analystes français, militaires ou civils. De son exposé, j’ai retenu surtout deux idées simples : le renseignement, au-delà du recueil des faits, consiste surtout à savoir les interpréter. Deuxième idée : ce sont les intentions qui sont les plus difficiles à déterminer.
Un même constat est établi par l’ancien chef des Renseignements militaires pendant la Guerre de Kippour, Elie Zeira, dans son livre La guerre de Kippour, mythe ou réalité, que j’ai découvert récemment. Ainsi, Israël savait en 1973 que l’Egypte préparait une offensive, mais ignorait à quel moment elle allait la lancer. Dans le cas du 7 octobre 2023, comme en 1973, le Hamas a usé de la même ruse de guerre que l’Egypte, en faisant passer les préparatifs de son attaque meurtrière pour de simples exercices. Selon Mechoulan, la subtilité de la tromperie montée de main de maître par le Hamas tendrait à démontrer l’implication de l’Iran, et peut-être aussi de la Russie.
2. La difficulté inhérente au métier du renseignement – décrypter les faits et savoir les interpréter – existe également pour chacun de nous, dans notre monde saturé d’informations. A l’ère de la surinformation et des notifications permanentes, chacun d’entre nous est ainsi soumis à un bombardement d’informations incessant qui, loin de nous aider à comprendre le monde qui nous entoure, nous le rend en réalité bien plus opaque et insaisissable. La multiplication des sources d’informations est ainsi concomitante d’une opacité grandissante du monde, comme pour les analystes du Renseignement.


