Israël connaît un tournant dans la cybersécurité. Après trois décennies marquées par Check Point et CyberArk, les fondateurs historiques passent le flambeau. Gil Shwed, icône du secteur, a quitté la direction de Check Point, tandis que CyberArk a été vendu à Palo Alto Networks. Mais loin d’un essoufflement, l’industrie connaît un nouvel âge d’or, porté par une génération de fondateurs plus jeunes, plus rapides et déjà connectés aux grands fonds mondiaux.
Assaf Rappaport incarne cette relève. Après la vente de sa première société Adallom à Microsoft, il a fondé Wiz, aujourd’hui en cours de rachat par Google pour 32 milliards de dollars, la plus grande acquisition d’une start-up israélienne de l’histoire. Ses anciens collaborateurs, Yevgeny Dibrov et Nadir Izrael, mènent eux aussi la danse avec Armis, valorisée 5 milliards et en discussion avec le fonds américain Thoma Bravo. Dan Amiga, autre ancien d’Unit 8200, a propulsé Island Security à une valorisation équivalente avant de lancer son propre fonds d’investissement.
Tous ont en commun leur passage par les unités technologiques de Tsahal – Unit 8200, Unit 81 ou le programme Talpiot – véritables pépinières de talents. Ces réseaux tissés à l’armée se prolongent dans le civil, facilitant l’accès aux capitaux et aux partenariats stratégiques. Ils attirent désormais les plus grands fonds mondiaux (Sequoia, Greylock, Index Ventures), parfois frileux envers Israël ces dernières années mais revenus grâce à cette nouvelle génération.
Contrairement aux pionniers qui bâtissaient des géants comme Check Point sur le long terme, les nouveaux acteurs privilégient une stratégie plus agile : créer, accélérer, vendre, puis réinvestir. « On verra moins de géants mondiaux, et davantage d’acquisitions rapides à des stades précoces », analyse Alon Last, expert chez Meitav Dash. Cette approche nourrit un cycle vertueux où chaque sortie alimente la suivante.
Au-delà des chiffres, ces entrepreneurs cultivent aussi une solidarité communautaire : investisseurs croisés, mentorat de jeunes fondateurs et transmission de savoir-faire. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, ils s’attaquent déjà à de nouveaux défis – cybersécurité du cloud, infrastructures critiques, gestion des données – confirmant qu’Israël reste à la pointe de l’innovation mondiale, malgré la guerre et l’instabilité régionale.
Pour la diaspora juive, attachée à l’image d’Israël comme « Start-Up Nation », cette réussite est un symbole fort : l’État hébreu continue de rayonner et de s’imposer comme un pilier technologique mondial.