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Les Européens déclenchent le mécanisme "snapback" de retour des sanctions contre l'Iran

Cette décision fait suite à l'impasse des discussions tenues mardi à Genève entre responsables iraniens et représentants du "E3" (Royaume-Uni, France, Allemagne)

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28 août 2025

ParJohanna Afriat

Les Européens déclenchent le mécanisme  "snapback" de retour des sanctions contre l'Iran
Illustration : iStock

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Le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne ont activé ce jeudi le processus de rétablissement des sanctions internationales contre Téhéran, donnant 30 jours à l'Iran pour faire des concessions sur son programme nucléaire.

Les trois puissances européennes ont officiellement notifié au Conseil de sécurité de l'ONU l'activation du mécanisme de "snapback", ce dispositif qui permet de rétablir automatiquement toutes les sanctions internationales contre l'Iran en vigueur avant l'accord nucléaire de 2015.

Un ultimatum de 30 jours

Le compte à rebours a commencé. Le Conseil de sécurité dispose désormais de 30 jours pour approuver une résolution prolongeant les concessions accordées à l'Iran il y a près d'une décennie. Si cette approbation n'intervient pas - ce qui semble hautement probable - l'ensemble des sanctions onusiennes tombées en 2015 reviendront mécaniquement en vigueur.

"Nous consacrerons les 30 prochains jours à tenter de résoudre nos différends avec Téhéran", ont précisé les Européens dans leur lettre au Conseil de sécurité, appelant l'Iran à "engager des contacts diplomatiques" pour apaiser les inquiétudes sur son programme nucléaire.

L'échec des négociations de Genève

Cette décision fait suite à l'impasse des discussions tenues mardi à Genève entre responsables iraniens et représentants du "E3" (Royaume-Uni, France, Allemagne). Ces négociations, destinées à désamorcer la crise nucléaire, se sont soldées par un échec cuisant, l'Iran n'ayant pris aucun engagement concret selon plusieurs diplomates.

Pourtant, les puissances européennes avaient clairement posé leurs conditions ce mois-ci : si pas d'accord sur le nucléaire d'ici fin août, les sanctions reviendraient. Elles demandaient notamment le retour de l'Iran à des négociations directes avec Washington - catégoriquement refusé par Téhéran - et la reprise des inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

Les raisons de cette escalade sont claires : l'Iran a systématiquement violé les termes de l'accord depuis le retrait américain de 2018 sous Donald Trump. Cette année, la République islamique a accumulé plus de 400 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%, un niveau dangereusement proche du seuil militaire de 90%.

Un léger espoir subsiste cependant : les médias iraniens ont rapporté jeudi le retour des inspecteurs de l'AIEA dans le pays pour la première fois depuis l'arrêt de la coopération avec l'agence. Mais le directeur général Rafael Grossi reste prudent, précisant qu'aucun accord définitif n'a été conclu pour visiter les installations.

Isral ert les Etats-Unis ont salué l'activation du "Snapback", Jérusalem soulignant que "l'Iran n'a pas abandonné ses ambitions nucléaires". De leur côté, la France et l'Allemagne ont assuré que la porte de la diplomatie était "encore ouverte".

Un mécanisme juridique redoutable

Le dispositif activé par les Européens s'avère particulièrement efficace. Une fois le "snapback" enclenché, il devient quasi-impossible de l'arrêter : seuls neuf des quinze membres du Conseil doivent approuver la prolongation des concessions, et aucun des cinq membres permanents ne doit opposer son veto. Or, la France et le Royaume-Uni, à l'origine de cette démarche, peuvent bloquer toute tentative d'empêcher le retour des sanctions.

L'urgence est d'autant plus forte que la résolution de l'ONU de 2015 expire le 18 octobre prochain. Passé cette date, plus aucun mécanisme automatique ne permettra de rétablir les sanctions, réduisant considérablement la marge de manœuvre diplomatique.

Les Européens ont aussi dû tenir compte du calendrier : en septembre, la Russie - proche alliée de l'Iran et bénéficiaire de ses drones dans la guerre ukrainienne - présidera le Conseil de sécurité.

Si les sanctions sont effectivement rétablies, l'Iran se retrouvera sous le coup de six résolutions adoptées entre 2006 et 2010 : embargo sur les armes, interdiction d'enrichissement d'uranium, gel des avoirs iraniens à l'étranger, et autorisation de fouiller navires et avions iraniens.

Face à cette perspective, Téhéran a déjà promis une "réponse sévère". Mais selon un diplomate occidental, "les véritables négociations commenceront dès que la lettre sera soumise au Conseil de sécurité". Les 30 prochains jours s'annoncent décisifs.

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