Il raconte une opération complexe, en préparation depuis longtemps : « Cela faisait une longue période que nous travaillions sur ce dossier. Le plan a connu plusieurs versions, plusieurs validations. Tout l’état-major de l’armée de l’air le connaissait. Je suis monté des dizaines de fois pour demander des autorisations auprès du commandant de l’armée de l’air. »
Le pilote décrit Tabtabai comme une cible de tout premier ordre. « Il jouait un rôle central dans la reconstruction de la branche militaire du Hezbollah et dans sa ligne dure contre Israël. À mes yeux, c’était le facteur le plus bloquant au Liban pour parvenir à un accord ou à une stabilisation. C’était notre ennemi numéro un. Sa valeur opérationnelle était la plus élevée. »
L’unité a insisté sur une planification « parfaitement précise » afin de minimiser les dommages collatéraux : « Toute la logique était de toucher uniquement la cible, d’éviter tout dégât à la population civile, et d’agir dans la plus grande discrétion possible. »
Selon lui, le choix du moment s’est joué « quelques heures avant l’attaque », grâce à un renseignement de haute qualité… et à une « erreur » du responsable du Hezbollah, qui s’est présenté dans un appartement servant de cache.
La journée du pilote avait commencé comme n’importe quelle autre : « Je suis sorti déjeuner, comme tous les jours. J’ai vu un appel de mon officier renseignement. Je pensais que c’était pour un tout autre sujet. Quand j’ai compris, j’ai tout laissé tomber, j’ai couru au poste de commandement et j’ai lancé toute la machine. »
Le processus d’autorisation a été, selon lui, « l’un des plus rapides » qu’il ait jamais vus : « Tout le monde connaissait la cible. Les choses sont allées très vite : j’ai alerté la cellule de commandement, l’escadron ; quelques minutes plus tard, nous avions les validations. Nous sommes partis sur une frappe standard, zéro erreur. »
La frappe a eu lieu à 14 h 43, a visé deux étages d’un immeuble de dix. « L’enjeu était d’être ultra-précis : atteindre exactement les cinquième et quatrième étages, sans toucher les autres. Chaque opération combine toujours ruse, intelligence opérationnelle et intégration du renseignement — je ne peux pas en dire plus. »
Le pilote raconte le moment clef : « Quand j’ai vu les munitions frapper la cible, j’ai su immédiatement, d’après les impacts, que le plan était exécuté à la perfection. J’étais tendu jusqu’à cette seconde. Après la frappe, je me suis dit : ça y est, c’est fait. Comme un rêve qui se réalise après des mois de travail. Une fierté immense pour l’armée de l’air. »
Selon lui, cette élimination est un choc pour le Hezbollah : « Nous avons freiné, peut-être même stoppé, une chaîne essentielle de l’appareil militaire de l’organisation. Je le dis de manière catégorique. »
Une fois l’opération confirmée réussie, il est allé féliciter un par un les membres de son unité : « Je voulais que chacun sache à quel point il avait été bon. » Puis il est rentré chez lui : « J’ai fait la vaisselle — c’est la première chose dont je me souviens — juste pour me reconnecter à la réalité. Puis j’ai promené ma chienne. Aujourd’hui, je réalise à quel point une petite cellule peut influencer tout un pays. »
La capitaine G., officier dans l’unité et sous les ordres du major A., a également témoigné : « Je suis dans ce poste depuis un an et neuf mois, j’ai vécu un bout de la campagne précédente au Liban… Et ce jour-là, c’était — je le dis de la façon la plus naïve — de la folie. Mais une folie positive. »
Elle décrit l’exigence constante : « Le plus difficile est de maintenir nos plans opérationnels à un niveau de préparation maximal, sans aucune pause. On ne sait jamais quand ça explose, ni comment. On doit toujours être à 100 %. »
Son rôle, extrêmement central : « Notre unité décide du nombre de munitions, de la manière de voler, de la stratégie pour obtenir le meilleur résultat. Au final, c’est moi qui dois déterminer la configuration exacte de la mission. »