Ce soir, après une série d’informations relayées par “des sources proches”, la présidence a rectifié :
« Toute publication qui ne vient pas du porte-parole officiel de la résidence du Président n’est pas pertinente. » Et de préciser : « Le président n’a fixé aucune condition. Le dossier vient seulement d’être transmis pour avis, et le président n’a pas ouvert son examen. Il ne subira aucune pression. Après réception de toutes les expertises, il décidera avec responsabilité et sérieux. »
Mais le piège est là : S’il accorde la grâce, Herzog perdra la gauche, le centre – et une partie de la droite – farouchement opposés à tout pardon sans remords.S’il la refuse, il sera sanctifié à gauche, mais deviendra la cible permanente de la droite. Dans cette équation, il n’y a pas de victoire possible. Et pourtant, c’est peut-être le moment qu’Herzog attendait : son véritable baptême du feu comme chef de l’État, un test de leadership où la popularité ne compte pas, mais la légitimité, oui.
La requête de Netanyahou complique la tâche : zucun aveu, aucune reconnaissance des faits, aucune expression de regret, aucune intention de quitter la vie politique.
Dans sa déclaration, il affirme que son intérêt personnel aurait été d’aller jusqu’au bout du procès « pour prouver son innocence », mais que « l’intérêt public » lui commande de demander une grâce, au nom de l’unité du peuple.
Le président avait déjà laissé entendre qu’il soutiendrait une solution qui permettrait d’apaiser le pays, mais une telle solution doit inclure des garanties, notamment sur la réforme judiciaire, l’architecture institutionnelle, la nécessité de réparer la fracture nationale. Or dans cette demande, Netanyahou n’offre aucune contrepartie.
Herzog doit aussi considérer le rôle de Netanyahou dans la polarisation du pays, ses attaques répétées contre le système judiciaire, la pression publique autour du “loi de conscription”, en pleine guerre et les révélations du Haaretz selon lesquelles Herzog aurait tenté d’avancer une grâce pour Netanyahou avant même sa présidence.
Le dossier ne se déroule pas dans le vide. Il s’inscrit dans une réalité géopolitique brûlante : normalisation avec l’Arabie saoudite, risque d’escalade avec l’Iran, tensions avec le Hezbollah, fragilité du cessez-le-feu à Gaza, et une série d’opportunités diplomatiques sensibles.
Entre un oui et un non catégoriques, Herzog dispose d’un éventail de possibilités. L’une d’elles :
accorder une grâce sous conditions, liées à des “mesures d’intérêt public”, comme créer une commission d’enquête nationale sur le 7 octobre, annuler la loi de circonscription, renoncer à la réforme judiciaire et à la réforme des médias. Une telle grâce, si elle apaise le pays et retire plusieurs bombes politiques de l’agenda national, pourrait être “tolérée” même par une partie de la gauche.
Herzog examinera la demande pendant plusieurs semaines, mais pas au-delà. Quelle que soit la décision, elle arrivera devant la Cour suprême. Et c’est elle qui aura le dernier mot.