Yasser Abu Shabab a été tué à Gaza ce jeudi au cours d'une rixe interne à son clan. Nous publions de nouveau une interview de lui exclusive réalisée par Pierre-Simon Assouline pour AJMag.
Yasser Abu Shabab n’était, jusqu’à récemment, connu que de quelques cercles sécuritaires israéliens, mais il a depuis peu émergé dans les médias israéliens comme une possible alternative au Hamas à Gaza. Ancien chef de clan bédouin originaire du sud de l’enclave, il incarne aujourd’hui une figure aussi controversée qu’inattendue. Accusé par le Hamas d’avoir volé de l’aide humanitaire, parfois décrit comme un opportuniste, il se présente désormais comme le protecteur de Rafah, qu’il tente de transformer en zone sécurisée.
Dans un entretien exclusif, Abu Shabab se dit animé par une rupture claire : « Je suis sorti du silence pour rejeter l’injustice. Le Hamas nous a enfermés dans un tunnel sans lumière. Il fallait dire stop. » Sa réponse a pris la forme d’une milice de jeunes Palestiniens, les « Forces populaires », fondée pour « défendre les droits humains des deux millions d’habitants de Gaza », selon ses mots. Ni vengeance, ni idéologie extrême, insiste-t-il : « Nous n’avons commis aucun crime. Nous ne terrorisons pas les civils. »
À Rafah, ses hommes — d’anciens policiers, des civils volontaires — assurent des patrouilles, protègent les écoles, supervisent la distribution alimentaire. « Quand l’aide arrive, on sécurise les convois, on répartit les colis dans les tentes. Pas de vol, pas de détournement. C’est notre priorité : garantir un cadre de vie digne, même sous les bombes. » Abu Shabab affirme même étendre son influence dans les zones limitrophes, tout en informant la population via Facebook, « le seul vrai canal qui reste ici », pour rassurer, documenter, et contrer « la propagande du Hamas qui veut nous faire passer pour des gangs manipulés par Israël ou les États-Unis. »
Le Wall Street Journal rapporte que ses forces contrôlent aujourd’hui plusieurs quartiers de Rafah et qu’elles auraient reçu des armes israéliennes saisies au Hamas. Benyamin Netanyahou lui-même a avoué à demi-mots leur fournir des armes récupérées dans des caches du Hamas. Une aide qui fait polémique. Avigdor Liberman, opposant et ancien allié déçu du Premier ministre, a accusé ce dernier d’avoir « acoquiné Tsahal à des bandes de voyous ».