Dans une interview accordée à The Economist diffusée vendredi, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré son intention de mettre fin progressivement à l'aide sécuritaire américaine d'ici une décennie, affirmant avoir déjà évoqué cette perspective avec le président Donald Trump.
« Nous apprécions grandement l'aide sécuritaire que les États-Unis nous ont apportée au fil des ans, mais nous avons grandi, développé des capacités incroyables et notre économie – qui atteindra certainement mille milliards de dollars d'ici une décennie – n'est plus modeste », a affirmé le dirigeant israélien. Interrogé explicitement sur la possibilité de réduire cette aide « à zéro », il a répondu par l'affirmative, précisant que le processus était « déjà en cours ».
L'aide militaire américaine à Israël s'élève actuellement à 3,8 milliards de dollars par an, selon un accord signé sous l'administration Obama et valable jusqu'en 2028. Cette somme représente une part significative du budget de défense israélien.
Netanyahou a toutefois nuancé ses propos, insistant sur le fait qu'il ne renonçait pas au soutien américain en tant que tel. « Ce n'est pas que je ne veuille pas me battre pour le soutien du peuple américain, bien sûr que si. Il faudrait être fou pour ne pas le vouloir », a-t-il déclaré, présentant cette initiative comme une démarche d'indépendance fondée sur la puissance économique croissante d'Israël.
Le discours du Premier ministre israélien fait suite à des propos tenus en Israël face à des investisseurs en octobre, selon lesquels l'Etat hébreu n'avait d'autre choix, pour survivre, que de compter sur lui-même et de devenir autonome sur le plan militaire.
Un contexte politique tendu
Cette annonce intervient dans un contexte délicat. Le mouvement MAGA manifeste des réserves croissantes quant au financement de l'aide étrangère, tandis qu'un nouvel accord devra être négocié d'ici deux ans. Parallèlement, le soutien global du Parti républicain à Israël diminue, compliquant les relations bipartisanes traditionnelles.
La réaction n'a pas tardé côté américain. Le sénateur républicain Lindsey Graham, habituellement un fervent soutien d'Israël, a répondu sur Twitter : « L'aide que nous avons apportée à Israël a constitué un investissement majeur pour maintenir une armée israélienne forte, partager des technologies et accroître ses capacités militaires, au bénéfice des États-Unis ». Tout en saluant l'aspiration israélienne à l'indépendance, il a ajouté de manière significative : « Je pense, compte tenu des déclarations du Premier ministre, que nous n'avons pas à attendre dix ans ».
Au cours de la même interview, Netanyahou s'est également exprimé sur la vague de protestations en Iran. « C'est peut-être le moment où le peuple iranien prendra son destin en main. Les révolutions sont plus efficaces lorsqu'elles viennent de l'intérieur », a-t-il déclaré.
Sans soutenir explicitement les menaces de Trump d'intervenir militairement si le régime iranien réprimait les manifestants, le Premier ministre a néanmoins averti : « Si l'Iran nous attaque – et cela pourrait arriver –, les conséquences seront terribles ».