Israël

Quand l’ère de l’IA brouille la réalité : Israël face à la menace des fake news

Entre images générées par intelligence artificielle, réseaux sociaux sans garde-fous et vide réglementaire, la société israélienne se retrouve exposée à une manipulation massive de l’information, à l’approche d’échéances politiques sensibles.

4 minutes
11 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Quand l’ère de l’IA brouille la réalité : Israël face à la menace des fake news
Istock

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L’opinion publique israélienne est aujourd’hui prise au piège d’une combinaison redoutable : une intelligence artificielle accessible, capable de produire des faux quasi parfaits ; des réseaux sociaux qui assurent une diffusion massive et instantanée de contenus mensongers ; et des responsables politiques qui tardent à encadrer les géants technologiques.

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle a déjà produit une série de « premières » : première guerre de l’ère de l’IA, premières élections manipulées, premiers événements politiques majeurs accompagnés de faux visuels générés en temps réel. L’affaire de l’enlèvement présumé de Nicolás Maduro en a fourni une illustration frappante. Des images entièrement fabriquées ont circulé avant toute documentation authentique, brouillant immédiatement la perception des faits.

Ce moment marque un tournant. Jamais il n’a été aussi simple de produire des images crédibles, de les diffuser à grande vitesse et de les imposer dans le débat public avant toute vérification. Journalistes comme citoyens peinent désormais à distinguer le vrai du faux, tandis que les démentis arrivent trop tard, souvent après que l’opinion s’est déjà forgée.

Ces images truquées ont été reprises dans le monde entier, y compris par des médias israéliens, avant d’être partiellement retirées. Mais une fois intégrées à l’écosystème numérique, elles continuent de circuler sans contrôle. Le New York Times l’a rappelé : malgré des règles officielles, plusieurs outils d’intelligence artificielle permettent encore de générer des images falsifiées de dirigeants et de personnalités publiques, parfois sans la moindre restriction.

Le phénomène ne se limite pas à un cas isolé. Aux États-Unis, des vidéos entièrement fictives montrant des affrontements violents impliquant l’agence de l’immigration ont enflammé les réseaux sociaux. En Europe, une fausse vidéo de l’effondrement d’un pont a suffi à interrompre le trafic ferroviaire. En Israël, ces dernières semaines, des images générées par IA visant la famille Netanyahou ont circulé massivement sur Telegram, WhatsApp et X, au point que Reuters a dû publier un démenti officiel.

Le point commun de ces cas : un public qui ne demande plus de preuves dès lors que le contenu conforte ses convictions. Les mécanismes de modération volontaires des plateformes ont montré leurs limites, voire leur inefficacité.

Longtemps réduit à un slogan politique, le terme « fake news » désigne désormais une réalité concrète et structurelle. Dans les conflits, les attentats, les crises sanitaires ou les campagnes électorales, la vitesse de propagation du faux dépasse largement celle de la vérité. Or, l’information se consomme aujourd’hui d’abord sur les messageries et les réseaux sociaux, avant toute source journalistique établie.

Les outils d’intelligence artificielle progressent à un rythme effréné. La régulation, elle, reste très en retard. En Israël, alors que les élections législatives approchent, les débats parlementaires révèlent surtout une dépendance inquiétante à l’autorégulation des plateformes et à la supposée « vigilance du public ».Or, une seule image ou une vidéo truquée, diffusée au moment clé, peut suffire à influencer un scrutin. Les acteurs prêts à exploiter cette faille existent, y compris à l’étranger.

En Israël, où la confiance dans les institutions et les médias est déjà mise à rude épreuve par des années de polarisation politique et de crises sécuritaires, l’irruption massive des contenus générés par intelligence artificielle agit comme un accélérateur de fracture. La frontière entre information, manipulation et propagande s’y révèle plus poreuse que jamais.

À l’approche d’échéances électorales décisives, l’enjeu dépasse largement la seule bataille contre les fausses images. Il touche à la capacité de la société israélienne à préserver un espace public fondé sur des faits vérifiables, condition indispensable au fonctionnement démocratique. À défaut d’une réponse politique claire et rapide, l’ère de l’IA pourrait durablement redéfinir les règles du débat public en Israël.


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