Israël

"J'ai pensé à me suicider" : le premier témoignage de l'ex-otage David Cunio sur sa captivité

"Le pire jour de ma vie, c'est celui où j'ai été séparé de Yuli, Emma et Sharon", dit-il

6 minutes
13 janvier 2026

ParJohanna Afriat

"J'ai pensé à me suicider" : le premier témoignage de l'ex-otage David Cunio sur sa captivité
David Cunio Photo : Capture d'écran de N12

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Dans une interview bouleversante diffusée lundi sur la chaîne 12, l'ancien otage David Cunio a révélé avoir envisagé de mettre fin à ses jours pendant sa détention dans les tunnels du Hamas à Gaza. Les conditions de torture psychologique et physique étaient telles qu'il avait songé à "collecter des pilules et les avaler d'un coup".

Le calvaire de David Cunio a débuté le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes du Hamas ont envahi le kibboutz Nir Oz. Ce matin-là, il a été enlevé avec sa femme Sharon, leurs jumelles Yuli et Emma, ainsi que la sœur de Sharon, Danielle Aloni, 44 ans, et sa fille Emilia, 5 ans, venues passer le week-end chez eux.

"Soudain, du coin de l'œil, j'aperçois Sharon traînée par un des terroristes et je crie : 'Ma femme, ma femme !'", a raconté Cunio. Dans le chaos de l'enlèvement, la petite Emma a été séparée du reste de la famille.

"Nous étions complètement rongés par l'angoisse de ne pas être avec elle", a-t-il confié. "Nous n'arrêtions pas de demander, de leur dire qu'il y avait une autre fille qui ressemblait trait pour trait à Yuli, qui s'appelait Emma, et qui était sa jumelle. Nous ne mangions ni ne buvions presque rien ; nous ne pouvions pas supporter l'idée qu'Emma ne soit pas là."

Pendant leur captivité, David Cunio s'est senti investi d'une mission de protection. "C'était très difficile de vivre là-bas, mais je ressentais le besoin de les protéger constamment car j'étais le seul homme présent", a-t-il expliqué.

Il a envisagé de tenter une évasion : "À plusieurs reprises, j'ai vu les deux terroristes qui nous gardaient dormir, un couteau sous leur lit, et je me suis demandé si je pouvais faire quelque chose. Mais on se dit : j'élimine ces deux-là, et après ? Tu te retrouves au milieu de la foule, dehors, et elle te dévore."

Déguisé en cadavre, retrouvailles avec Emma

Après qu'un bombardement aérien a touché leur lieu de détention le dixième jour de la guerre, ils ont été transférés à l'hôpital Nasser de Khan Younès. David a été déguisé en cadavre dans un sac mortuaire, tandis que Sharon portait un hijab.

C'est là qu'ils ont retrouvé Emma, amaigrie et couverte d'une éruption cutanée. La fillette ne reconnaissait plus ses parents ni sa sœur, jusqu'à ce que Sharon se mette à lui chanter une chanson.

Traumatisée par les scènes sanglantes du kibboutz, Emma souffrait de terreurs nocturnes. "Elle se réveillait en hurlant. Les terroristes nous ordonnaient de la faire taire. Comment aurais-je pu faire taire une fillette de 3 ans ? La frapper ? Que pouvais-je faire ?", s'est-il souvenu.

"Le pire jour de ma vie" : séparé de sa famille

Le 27 novembre 2023, Sharon et les jumelles ont été libérées dans le cadre d'un cessez-le-feu temporaire négocié par le Qatar et les États-Unis. Pour David, ce fut un déchirement supplémentaire.

"Le pire jour de ma vie, c'est celui où j'ai été séparé de Yuli, Emma et Sharon. J'ai pleuré à chaudes larmes. Je n'arrêtais pas de dire à Sharon que j'étais terrifié. J'ai supplié tout le monde de ne pas m'abandonner et de me faire sortir."

Après la rupture de la trêve, David Cunio a été conduit dans un tunnel où il a retrouvé Itzik Elgert, qui sera plus tard assassiné en captivité, et dont la dépouille a été rapatriée en Israël en février 2025.

L'angoisse du sort de son frère Ariel

Pendant des mois, David Cunio a vécu dans l'incertitude totale concernant son frère Ariel, également kidnappé. Dans les tunnels, il a également croisé des otages âgés, dont certains ont été assassinés. "Des personnes de 80 ans. Elles étaient si maigres. C'était inhumain", a-t-il témoigné.

Il a aussi retrouvé Yarden Bibas, qu'il décrit comme son "meilleur ami". "J'étais sûr qu'ils l'avaient tué. Nous avons couru l'un vers l'autre, nous nous sommes enlacés, embrassés et avons pleuré."

Quelques jours plus tard, David a revu Yarden, pâle et dévasté, après que ce dernier ait appris que sa femme Shiri et leurs enfants avaient été assassinés par leurs ravisseurs. "Shiri était comme une sœur pour moi. J'ai fondu en larmes et je l'ai serré dans mes bras. je ne comprends pas ce qui s'est passé."

Famine, torture psychologique et pensées suicidaires

Les conditions de détention ont poussé David Cunio à ses limites. "J'ai eu plusieurs pensées différentes — peut-être celle de collecter beaucoup de pilules et de les avaler d'un coup", a-t-il admis, ajoutant que par chance, il était entouré d'autres otages qui l'ont soutenu.

La famine faisait partie du quotidien : "Pendant longtemps, nous n'avions droit qu'à 250 millilitres d'eau et à un demi-pain pita par jour. Il faisait nuit noire, et on entendait son estomac gargouiller. On les suppliait de nous apporter une autre cuillerée de confiture, mais ils ne nous donnaient rien. Jour après jour, on maigrissait, on avait le vertige, certains étaient à deux doigts de s'évanouir."

La torture psychologique s'ajoutait aux privations physiques. "Au début, quand ils vous racontent des mensonges sur votre femme, vous n'y croyez pas. Mais avec le temps, ça s'infiltre. Ils vous disent : 'Ta femme t'a quitté, elle ne se bat plus pour toi, elle est avec quelqu'un d'autre.' Aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est à ce moment-là que ça sonne le plus vrai."

David Cunio a également décrit une marche épuisante de 20 kilomètres à travers les tunnels, imposée en raison de l'intensification des combats. "De 10h à 23h, nous avons marché dans des tunnels. À quatre pattes, dans des tunnels d'un demi-mètre, 1,6 mètre, 1,3 mètre de large. Nous n'avions droit qu'à des pauses de deux minutes, alors que nous étions épuisés et ensanglantés."

La nuit, il faisait des rêves lucides où il se retrouvait chez lui avec sa famille, mais savait qu'à son réveil, il serait toujours en captivité.

Les retrouvailles avec Ariel

La veille de sa libération, le 7 octobre 2025, David a enfin retrouvé son frère Ariel après son transfert dans un nouveau lieu de détention. "Il était environ 3 ou 4 heures du matin. J'étais à moitié endormi. Soudain, la porte du hangar s'ouvre et quelqu'un crie 'David Cunio'. À ce moment-là, j'ai compris qu'Ariel arrivait. J'ai levé la tête et j'ai vu un grand homme aux cheveux longs. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, alors je me suis approché et j'ai compris. J'ai éclaté en sanglots, je l'ai serré dans mes bras et je l'ai couvert de baisers. J'étais le plus heureux des hommes."

Le matin de sa libération, lors d'un appel vidéo organisé par le Hamas, il a découvert pour la première fois que tous ses proches étaient vivants.

Aujourd'hui, David Cunio tente de reconstruire sa vie avec sa famille. "Ce n'est pas facile de revenir de la captivité et de s'occuper de sa famille comme si de rien n'était, surtout avec des petites filles. Elles réapprennent à compter sur moi et ont de plus en plus besoin de ma présence. Les choses commencent à se remettre en place."

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