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Suspendue, pas annulée : pourquoi Washington a reculé face à l’Iran ?

À Washington, le constat s’est imposé : le coût attendu d’une attaque dépasserait largement les bénéfices, du moins à ce stade

4 minutes
16 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Suspendue, pas annulée : pourquoi Washington a reculé face à l’Iran ?
Crédit : Maison Blanche

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Le calcul coût-bénéfice a changé

Le président Donald Trump privilégiait une opération rapide, puissante et décisive, idéalement unique, susceptible d’ébranler le régime iranien. Ses conseillers civils et militaires ont tempéré cette ambition : une frappe efficace exigerait des préparatifs longs et n’offrirait aucune garantie de renversement du pouvoir à Téhéran. En outre, une attaque aurait presque certainement déclenché des représailles contre des bases américaines au Moyen-Orient, contre Israël, et contre l’industrie énergétique des alliés du Golfe, avec à la clé une flambée des prix du pétrole.

Pressions régionales et risque de guerre totale

Les partenaires régionaux des États-Unis – notamment le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie – ont pressé Washington de s’abstenir. Leur crainte : une spirale de représailles menant à une guerre régionale que personne ne souhaite. Une frappe américaine aurait, selon plusieurs capitales, rendu quasi inévitable une riposte israélienne, entraînant l’ensemble de la région dans un conflit élargi.

La répression a précédé Trump

Surtout, le régime iranien n’a pas attendu. Avant même que Trump ne promette aux manifestants que « l’aide arrivait », les autorités ont réprimé avec une violence extrême les protestations : tirs à balles réelles, usage d’armes visant à mutiler, centaines de morts. Le choc et la peur ont fait leur œuvre. Les rues se sont vidées, les rassemblements ont reflué, et la machine sécuritaire n’a plus eu besoin de tirer.

Selon des évaluations de renseignement occidentales, le bilan – bien que tragique – serait inférieur aux chiffres avancés par certaines ONG, avec 2 500 à 4 000 morts, dont environ 500 membres des forces de sécurité tués par des manifestants armés dans certaines régions -Kurdistan iranien, Ahvaz, Baloutchistan. Cette décrue a pesé à Washington : Trump peut désormais affirmer que la menace a suffi, sans combat.

Une porte de sortie diplomatique

Des canaux indirects auraient transmis à Washington des engagements iraniens : fin des tirs contre les manifestants et absence d’exécutions de détenus liés aux protestations. De quoi offrir au président américain l’échelle nécessaire pour redescendre de l’arbre, reprendre la voie diplomatique et déclarer victoire sans frappe.

Une contestation sans tête

Autre facteur clé : l’absence de leadership unificateur du mouvement. Malgré un courage indéniable, les manifestants n’ont pas su s’agréger autour d’objectifs politiques clairs ni d’une stratégie commune. Le prince Reza Pahlavi, en exil, n’a pas convaincu : ni à Téhéran, ni à Washington. Les défections au sein des forces de sécurité sont restées limitées, surtout chez l’armée régulière, sans atteindre un seuil capable de faire basculer le régime.

Israël : pas maintenant

À Jérusalem aussi, le timing ne convenait pas. Les autorités redoutaient un scénario perdant-perdant : pas de chute du régime, mais un coût élevé à l’arrière et une campagne longue pour laquelle Israël ne se jugeait pas prêt. La coordination défensive avec le CENTCOM a toutefois été intense, par précaution. Les inquiétudes se sont accrues autour de la fragilité perçue du guide suprême Ali Khamenei, 86 ans, dont l’état pourrait encourager des faucons à privilégier une logique de frappe préventive. Pour éviter toute méprise, Israël a fait savoir, via des canaux indirects, qu’il n’attaquerait pas en premier. Tsahal a également martelé que les manifestations relevaient d’un dossier interne iranien.

Ce que le Pentagone avait sur la table

Le plan présenté à Trump prévoyait une séquence graduée : sanctions économiques renforcées (déjà mises en œuvre), pressions informationnelles, puis option cinétique courte. Le président a écarté une campagne prolongée, et les militaires ont jugé qu’une frappe brève n’atteindrait pas l’objectif. D’où le choix actuel : la diplomatie en tête.

Suspendue, pas enterrée

Conclusion à Washington : l’option militaire demeure, mais en réserve. Tout dépendra de l’issue des négociations qui devraient s’ouvrir entre les États-Unis et l’Iran. Les prochains jours diront si la pause se transforme en renoncement… ou en simple entracte.

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