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Le dernier combat du Dr Daniel Levy Lodmir : un travail scientifique publié malgré la mort et les refus

Assassiné le 7 octobre 2023 alors qu’il soignait des blessés au kibboutz Beeri, le Dr Daniel Levy Lodmir n’a pas eu le temps d’achever le travail de recherche qu’il avait initié. Pourtant, un peu plus d’un an plus tard, son nom figure en tête d’un article scientifique publié dans une revue médicale internationale de référence.

4 minutes
16 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Le dernier combat du Dr Daniel Levy Lodmir : un travail scientifique publié malgré la mort et les refus
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Le Dr Daniel Levy Lodmir, médecin ORL en formation au Soroka Medical Center, s’était installé avec sa famille au kibboutz Beeri en août 2022. Le 7 octobre au matin, alors que les attaques du Hamas frappent la région, il se trouve chez lui avec sa femme Lihi Levy Ingber et leurs deux enfants, Emma, 6 ans et Liam, 4 ans. À 7h30, il reçoit un appel de la paramédicale Amit Mann, lui demandant de rejoindre la clinique dentaire du kibboutz, devenue un centre de soins improvisé. Pendant plusieurs heures, Daniel soigne les blessés et reste en contact avec son épouse. À 13h58, il envoie son dernier message. Quelques minutes plus tard, il est tué par l’explosion d’une grenade lancée par les terroristes. Il meurt en exerçant son métier.

Avant son assassinat, Daniel avait initié une étude clinique ambitieuse portant sur une question délicate en pédiatrie : la sécurité de la chirurgie visant à traiter l’apnée obstructive du sommeil chez les nourrissons et les très jeunes enfants. Ce travail, commencé dans le cadre de sa spécialisation, était mené sous la supervision du Pr Daniel Kaplan et du Dr Dani Yefet. Daniel avait presque achevé la phase de collecte des données avant le 7 octobre. « Il était passionné, concentré, totalement investi. L’apnée du sommeil le touchait personnellement, et la pédiatrie était un domaine qui lui tenait profondément à cœur », raconte sa veuve.

Après le début de la guerre, le Dr Oren Ziv, médecin ORL senior au centre médical Soroka, décide de reprendre le flambeau. Avant de partir pour une période de recherche à l’étranger, il promet à Lihi de terminer le projet et de le publier. Avec plusieurs internes, amis proches de Daniel, il reprend les données, les analyse, rédige l’article. Quelques mois plus tard, le manuscrit est prêt.

Mais le parcours vers la publication se heurte à un mur. Plusieurs revues médicales internationales refusent l’article sans même l’évaluer, explique le Dr Ziv. Le motif ? Une phrase de dédicace. Dans la section des remerciements, les auteurs avaient écrit : « À la mémoire de notre cher collègue, le Dr Daniel Levy, assassiné brutalement le 7 octobre 2023 alors qu’il soignait des patients à la clinique du kibboutz Beeri. »

« On nous a répondu que c’était “trop local”, que cela n’intéressait pas un public international. Le ton était poli, très anglo-saxon, mais le message était clair. Pour moi, c’était de l’antisémitisme pur et simple », affirme le Dr Ziv. Les auteurs refusent de retirer la dédicace. Ils persistent.

La persévérance finit par payer. La semaine dernière, l’article est accepté par la revue Clinical Otolaryngology, l’une des plus reconnues dans le domaine ORL. Il est publié le matin même de la veille de l’anniversaire de Daniel.

« J’ai vu la publication à 6h30 du matin. Je ne savais même pas que son anniversaire était le lendemain. C’était bouleversant », confie le Dr Ziv. « J’ai publié des dizaines d’articles, mais celui-là… c’est différent. » Pour Lihi, l’émotion est double : « C’est une immense fierté, mais aussi un rappel cruel de tout ce qu’il aurait encore pu apporter au monde. »

L’étude, rétrospective, a été menée au centre médical Soroka sur 419 enfants opérés pour apnée obstructive du sommeil : 61 nourrissons de moins d’un an, 147 enfants âgés de 1 à 2 ans, 211 enfants de plus de 2 ans. Les chercheurs ont analysé la durée d’hospitalisation, les complications, les retours aux urgences, les besoins en soins intensifs et la nécessité d’une réintervention sur dix ans. Si les enfants de moins de deux ans sont hospitalisés légèrement plus longtemps, aucune différence significative n’a été observée en matière de complications graves.
La seule différence notable concerne un taux plus élevé de repousse des végétations, nécessitant parfois une seconde intervention. La chirurgie est globalement sûre, même chez les très jeunes enfants, à condition d’un suivi adapté et d’une information claire des parents.

Au-delà des résultats médicaux, ce travail est devenu un acte de mémoire. « Au final, ce qui reste de nous, c’est l’impact que nous avons eu. Daniel laisse une empreinte scientifique, humaine, et morale », résume le Dr Ziv.

Au centre médical Soroka, marqué par la guerre mais resté actif et innovant, le nom de Daniel Levy Lodmir demeure associé à l’excellence, à l’humilité et à l’engagement.

Un médecin assassiné.
Un travail sauvé de l’oubli.
Et une victoire silencieuse, mais éclatante, contre la mort et le renoncement.

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