Moyen-Orient

Syrie : l'armée conquiert les bastions kurdes et s'empare du principal champ pétrolier

Washington, traditionnellement protecteur des Kurdes, maintient une position de retrait et affiche son soutien à Damas

4 minutes
18 janvier 2026

ParJohanna Afriat

Syrie : l'armée conquiert les bastions kurdes et s'empare du principal champ pétrolier
Carte des bastions kurdes Photo : Réseaux sociaux

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L'armée syrienne a conquis ce week-end de vastes zones du nord de la Syrie, chassant les forces kurdes de régions où elles bénéficiaient d'une autonomie depuis plus d'une décennie. Cette offensive intervient alors que Washington, traditionnellement protecteur des Kurdes, maintient une position de retrait et affiche son soutien au nouveau gouvernement du président Ahmed al-Charaa.

La prise de villes et d'infrastructures stratégiques

Les médias syriens ont rapporté samedi que l'armée avait pris le contrôle de la ville de Tabqa, au nord du pays, ainsi que de son barrage voisin et du barrage de la Liberté (anciennement barrage de Baas), au centre-ouest de Raqqa. Les Kurdes contrôlaient ces territoires depuis qu'ils en avaient chassé Daech il y a plus de dix ans, en coopération avec la coalition menée par les États-Unis.

Ce matin, des informations ont fait état de la prise du champ pétrolier d'Omar, le plus important du pays, ainsi que d'un important gisement de gaz. Selon les médias syriens, les forces kurdes ont détruit deux ponts majeurs sur l'Euphrate, dans la région de Raqqa, pour tenter d'entraver la progression des troupes gouvernementales.

Une offensive lancée après l'échec d'un accord d'intégration

L'offensive contre les forces kurdes a débuté jeudi, paradoxalement le même jour où le président al-Charaa a signé un décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et accordant une reconnaissance officielle à la minorité kurde. Il a appelé les militants kurdes à déposer les armes après leur expulsion de deux quartiers d'Alep qu'ils contrôlaient depuis le début de la guerre civile en 2011.

Le régime de Damas a durci le ton suite à l'impasse dans la mise en œuvre d'un accord conclu en mars dernier, visant à intégrer les forces kurdes à l'appareil d'État. Ces derniers jours, l'armée syrienne a concentré ses troupes autour de villages situés à l'ouest de l'Euphrate et a exigé des Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, qu'elles se redéploient sur la rive est du fleuve.

Après une médiation internationale, les forces kurdes se sont retirées samedi matin dans ce qu'elles ont qualifié de "geste de bonne volonté", avant d'accuser l'armée syrienne de "trahison" pour avoir poursuivi son avancée vers des villes et des champs pétroliers non inclus dans l'accord.

Des avertissements américains sans effet

Le général Brad Cooper, commandant du Commandement central américain, a déclaré samedi que les forces syriennes devaient "cesser toute offensive dans la zone" située entre Alep et Tabqa, distantes d'environ 160 kilomètres. Des avions de la coalition ont survolé la zone des combats et tiré des fusées éclairantes d'avertissement. Cependant, les forces syriennes ont achevé la prise de Tabqa dans la nuit.

Selon des informations recueillies hier, l'envoyé américain Tom Barrack s'est rendu à Erbil, dans le nord de l'Irak, pour rencontrer le commandant des forces kurdes, Mazloum Abdi, et le dirigeant kurde irakien, Massoud Barzani. Barrack, considéré comme proche du gouvernement syrien, s'oppose aux aspirations kurdes à une entité autonome et soutient le souhait de Damas d'un gouvernement unifié et centralisé.

Les Américains semblent davantage préoccupés par la planification d'une éventuelle opération contre l'Iran que par la protection de leurs anciens alliés kurdes. Le président français Emmanuel Macron et le dirigeant du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, ont également appelé au calme et à un cessez-le-feu, sans effet apparent.

Les inquiétudes des autres minorités

L'affrontement entre l'armée syrienne et les Kurdes est le dernier d'une série de violents combats entre le gouvernement islamiste de Damas et les minorités du pays. Si les affrontements se concentrent actuellement dans les zones à majorité arabe où les Kurdes exerçaient leur autorité, les massacres de Druzes et d'Alaouites perpétrés par les forces du régime l'année dernière restent dans les mémoires et inquiètent les autres minorités de ce pays multiethnique.

Les Kurdes, qui ont mené la guerre contre Daech il y a plus de dix ans au prix de lourdes pertes, semblent à nouveau abandonnés à leur sort par leurs alliés occidentaux.

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