L'armée syrienne a conquis ce week-end de vastes zones du nord de la Syrie, chassant les forces kurdes de régions où elles bénéficiaient d'une autonomie depuis plus d'une décennie. Cette offensive intervient alors que Washington, traditionnellement protecteur des Kurdes, maintient une position de retrait et affiche son soutien au nouveau gouvernement du président Ahmed al-Charaa.
La prise de villes et d'infrastructures stratégiques
Les médias syriens ont rapporté samedi que l'armée avait pris le contrôle de la ville de Tabqa, au nord du pays, ainsi que de son barrage voisin et du barrage de la Liberté (anciennement barrage de Baas), au centre-ouest de Raqqa. Les Kurdes contrôlaient ces territoires depuis qu'ils en avaient chassé Daech il y a plus de dix ans, en coopération avec la coalition menée par les États-Unis.
Ce matin, des informations ont fait état de la prise du champ pétrolier d'Omar, le plus important du pays, ainsi que d'un important gisement de gaz. Selon les médias syriens, les forces kurdes ont détruit deux ponts majeurs sur l'Euphrate, dans la région de Raqqa, pour tenter d'entraver la progression des troupes gouvernementales.
Une offensive lancée après l'échec d'un accord d'intégration
L'offensive contre les forces kurdes a débuté jeudi, paradoxalement le même jour où le président al-Charaa a signé un décret reconnaissant le kurde comme langue nationale et accordant une reconnaissance officielle à la minorité kurde. Il a appelé les militants kurdes à déposer les armes après leur expulsion de deux quartiers d'Alep qu'ils contrôlaient depuis le début de la guerre civile en 2011.
Le régime de Damas a durci le ton suite à l'impasse dans la mise en œuvre d'un accord conclu en mars dernier, visant à intégrer les forces kurdes à l'appareil d'État. Ces derniers jours, l'armée syrienne a concentré ses troupes autour de villages situés à l'ouest de l'Euphrate et a exigé des Forces démocratiques syriennes (FDS), à majorité kurde, qu'elles se redéploient sur la rive est du fleuve.
Après une médiation internationale, les forces kurdes se sont retirées samedi matin dans ce qu'elles ont qualifié de "geste de bonne volonté", avant d'accuser l'armée syrienne de "trahison" pour avoir poursuivi son avancée vers des villes et des champs pétroliers non inclus dans l'accord.
Des avertissements américains sans effet
Le général Brad Cooper, commandant du Commandement central américain, a déclaré samedi que les forces syriennes devaient "cesser toute offensive dans la zone" située entre Alep et Tabqa, distantes d'environ 160 kilomètres. Des avions de la coalition ont survolé la zone des combats et tiré des fusées éclairantes d'avertissement. Cependant, les forces syriennes ont achevé la prise de Tabqa dans la nuit.