Un Palestinien de 28 ans a été condamné jeudi par le tribunal de Nanterre pour l'agression du Rav Elie Lemmel, qu'il avait frappé au visage avec une chaise. Malgré la reconnaissance par le tribunal d'une altération de son discernement, la justice a retenu le caractère antisémite de l'acte.
Le box des accusés est resté vide jeudi au tribunal correctionnel de Nanterre. Muath J., 28 ans, détenu à la maison d'arrêt voisine, a refusé d'assister à son procès. Cela n'a pas empêché la justice de trancher : il a écopé de 30 mois de prison, dont 12 avec sursis, assortis d'une interdiction du territoire français pendant dix ans.
Les faits remontent au 6 juin 2025, place du marché à Neuilly-sur-Seine. Le rabbin Elie Lemmel, 64 ans, profitait tranquillement d'un moment sur la terrasse d'un café en compagnie d'un ami. Sans prévenir, un homme lui a assené un violent coup au visage avec une chaise, le blessant gravement. L'agression lui a valu quatre jours d'incapacité totale de travail.
Grâce à la réactivité des témoins présents, l'agresseur avait été interpellé sur-le-champ et placé en détention provisoire.
Pour le rabbin Lemmel, ce procès revêtait une dimension particulière. "Ce qui est important, c'est qu'il y ait une dimension pédagogique à ce procès", a-t-il insisté en témoignant à la barre, y voyant "une réponse au drame de l'antisémitisme et de la violence". D'autant qu'il avait déjà été agressé quelques jours plus tôt à Deauville par un autre individu.
"Le tribunal a considéré sans l'ombre d'un doute juridique que vous aviez été victime d'une violence commise par une arme par destination et d'une violence antisémite", a déclaré le président à l'adresse du Rav Lemmel. Cette qualification a été un point central du jugement.
L'avocate de la partie civile, Me Muriel Ouaknine-Melki, s'est réjouie de cette décision. "Pour avoir traité beaucoup d'affaires avec violences à caractère antisémite, la juridiction a rendu une décision particulièrement ferme et sévère", a-t-elle souligné. Eli Lemmel et l'Organisation Juive Européenne (OJE), dont il est membre, ont obtenu respectivement 3 000 et 1 000 euros de dommages et intérêts.
Deux expertises psychiatriques contradictoires
La question de l'état mental de Muath J. a cristallisé les débats. Dès son interpellation, sa garde à vue avait été levée pour qu'il soit hospitalisé sous contrainte et reçoive des soins psychiatriques. Devant les enquêteurs, il avait évoqué des voix lui ordonnant de commettre son acte.
Deux expertises psychiatriques ont été réalisées, aboutissant à des conclusions diamétralement opposées. La première, effectuée lors de la garde à vue, a diagnostiqué une "maladie hallucinatoire" rendant "impossible son discernement et le contrôle de ses actes". La seconde, plus approfondie selon le parquet, a au contraire conclu à "un bon ancrage dans la réalité" et à l'absence de "syndrome d'hallucination".
Cette "contradiction frontale", pour reprendre les termes du président, a animé une large partie de l'audience. L'avocate de la partie civile a demandé l'exclusion du premier rapport, jugé réalisé "dans l'urgence", tandis que le procureur a plaidé pour sa minimisation au profit du second.
L'enquête a révélé que Muath J. avait déjà commis une agression similaire quelques jours avant les faits de Neuilly. Il avait frappé à coups de chaise le gérant d'un restaurant en Allemagne. Les autorités allemandes ont d'ailleurs transmis aux enquêteurs français un certificat médical attestant que l'homme souffrait de schizophrénie.
Finalement, le tribunal a retenu l'altération du discernement de Muath J., ce qui explique une peine inférieure aux réquisitions du procureur, qui réclamait trois ans et quatre mois de prison. "On peut penser que, s'il n'avait eu au moment des faits aucun trouble psychique, les psychiatres l'auraient décelé et l'auraient remis bien plus vite en liberté", a justifié le président.
Son avocat, Me François Mevel, avait plaidé pour que soit prise en compte la première expertise. "La place de mon client est dans un hôpital psychiatrique", avait-il martelé, regrettant à plusieurs reprises l'absence de son client à l'audience.
Au-delà du cas individuel, le procureur a tenu à rappeler un principe fondamental : "La République et la société ne peuvent pas tolérer une quelconque violence parce qu'on est religieux ou parce que l'on est de telle couleur de peau."
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