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Pourquoi Israël invite-t-il des partis aux racines néonazies à une conférence contre l’antisémitisme ?

C’est la question dérangeante, mais pertinente, que pose le Jewish People Policy Institute.

4 minutes
26 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Pourquoi Israël invite-t-il des partis aux racines néonazies à une conférence contre l’antisémitisme ?
Jordan Bardella et Marion Maréchal sont inivités à la conférence à Jérusalem

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Un journaliste suédois l’a formulée sans détour à l’un des chercheurs de l’Institut : comment un État fondé sur la mémoire de la Shoah peut-il dialoguer officiellement avec des forces politiques issues de traditions qui ont historiquement nourri l’antisémitisme le plus violent ?

La réponse la plus immédiate relève du réalisme politique souligne l'Institut. Les États ne sont pas des ONG morales. Israël n’est pas un projet idéologique abstrait, mais un État-nation souverain, confronté à un environnement hostile, contraint de penser en termes d’intérêts, de rapports de force et d’anticipation stratégique. Dialoguer avec des forces politiques susceptibles d’accéder au pouvoir ne constitue pas une validation idéologique, mais un acte de gestion du réel. Refuser tout contact reviendrait à se priver de leviers d’influence sur des acteurs appelés, peut-être, à peser demain sur la scène européenne.

Il existe aussi une logique tactique. Ces dernières années, on observe une convergence inquiétante entre certaines mouvances nationalistes blanches et une antisionisme radical, souvent issu de l’extrême gauche ou de l’islamisme politique. Des acteurs autrefois perçus comme favorables à Israël peuvent basculer dans l’hostilité dès lors qu’Israël cesse de servir un récit donné.

Inviter ces partis à Jérusalem, c’est tenter d’instaurer un canal de dialogue, d’infléchir des trajectoires, de contenir des radicalisations futures. Mais pour le JPPI, cette explication reste incomplète. Elle décrit un calcul à court terme, alors que ce qui se joue dépasse largement un simple exercice diplomatique.

Le phénomène s’inscrit dans une transformation plus profonde de la conscience nationale européenne. De plus en plus de mouvements nationalistes se vivent comme des peuples menacés existentiellement. Ils parlent de déclin démographique, d’effacement culturel, de rupture historique. Dans ce contexte, Israël n’apparaît plus comme une anomalie, mais comme un précédent historique : un peuple revenu dans l’histoire, ayant reconstruit un État, une armée, une souveraineté, malgré une pression constante. Israël devient un miroir, non par amour des Juifs, mais par projection identitaire. Il ne s’agit pas d’un modèle moral, mais d’une preuve existentielle : un peuple qui ne défend pas activement son identité et sa souveraineté est condamné à disparaître.

Cette relecture éclaire aussi la question de l’antisémitisme. Historiquement, l’un de ses ressorts centraux en Europe n’était pas seulement la différence juive, mais le soupçon de non-appartenance nationale, de loyauté ambiguë, d’absence de légitimité collective. La création de l’État d’Israël a bouleversé ce schéma. Pour la première fois depuis deux mille ans, le peuple juif s’est redéfini en termes de territoire, de souveraineté, de défense et de continuité historique. Ce faisant, Israël n’a pas seulement transformé le destin juif, il a obligé d’autres nations à reposer la question de ce qu’est une nationalité légitime. C’est là que se dessine une forme de convergence partielle : la reconnaissance du droit des peuples à préserver identité, frontières, culture et mémoire. Une alliance née de la peur, non de l’idéalisme. Une alliance fragile, réversible, potentiellement toxique. Le nom même de la conférence « Génération de vérité » prend alors tout son sens. C’est une époque où les discours moraux abstraits s’effritent, où la réalité impose des choix tranchés, parfois inconfortables.

Reste la question centrale, que le JPPI laisse volontairement ouverte : l’invitation de partis aux passés idéologiques si lourds relève-t-elle d’une lucidité stratégique, ou d’une ligne morale franchie dont le coût ne se révélera qu’a posteriori ? Le dialogue direct peut-il réellement responsabiliser et freiner la radicalisation, ou s’agit-il d’une illusion réaliste dangereuse ?
L’enjeu n’est plus de savoir si Israël peut parler à tous, mais s’il saura distinguer, à temps, entre nécessité tactique et erreur historique.

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