Sécurité

La Turquie monte en puissance, la liberté de navigation est menacée : un rapport avertit qu’Israël doit revoir d’urgence sa stratégie maritime

Un nouveau rapport stratégique met en garde : après la guerre « Épées de fer », Israël se trouve confronté à de graves failles dans sa posture maritime, alors même que la Méditerranée orientale et la mer Rouge deviennent des théâtres centraux de rivalités régionales et de pressions géopolitiques.

4 minutes
27 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

La Turquie monte en puissance, la liberté de navigation est menacée : un rapport avertit qu’Israël doit revoir d’urgence sa stratégie maritime
Marine israélienne, crédit : Tsahal

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Le rapport « Évaluation stratégique maritime globale d’Israël 2024-2025 », publié par l’Institut pour la politique et la stratégie maritimes, dresse un constat sévère. Il souligne des lacunes opérationnelles, technologiques et doctrinales qui, si elles ne sont pas corrigées rapidement, pourraient affecter directement la sécurité nationale et la résilience économique du pays.

Le document identifie trois défaillances majeures mises en lumière lors de la guerre déclenchée le 7 octobre. La première concerne la protection du littoral : la marine israélienne n’a pas empêché l’infiltration de commandos du Hamas par la mer sur la plage de Zikim, une attaque qui a coûté la vie à des civils. La seconde touche à la fermeture des routes maritimes. Le blocus imposé par les Houthis en mer Rouge et dans le golfe d’Aden a pratiquement paralysé le port d’Eilat, révélant la vulnérabilité d’Israël, dont 99 % du commerce extérieur dépend du transport maritime. Le rapport souligne en outre que la marine américaine a, de facto, cessé d’assurer la liberté de navigation dans cette zone, laissant Israël largement seul face à cette menace. Troisième point critique : l’impréparation civile. Israël ne dispose pas de plan structuré pour maintenir le trafic maritime en situation d’urgence, ni pour rapatrier massivement ses ressortissants depuis l’étranger. Les auteurs recommandent l’élaboration urgente de plans de contingence pour le transport de passagers et de marchandises vitales.

Le rapport insiste sur un danger souvent négligé : la guerre des fonds marins. Les infrastructures critiques - plateformes gazières, câbles de communication et d’électricité - sont devenues des cibles stratégiques potentielles. Or, Israël ne disposerait pas aujourd’hui de capacités suffisantes pour détecter et neutraliser des menaces sous-marines. Même les corvettes de type Sa’ar 6, conçues pour protéger les installations gazières, ne seraient pas équipées de moyens adaptés à la lutte sous-marine, selon le document. Face à cette lacune, les auteurs plaident pour une adoption rapide de systèmes non habités, de surface et sous-marins, intégrés dans un modèle de coopération entre plateformes habitées et non habitées. Cette approche, connue sous le nom de Manned-Unmanned Teaming, permettrait de combiner jugement humain, endurance opérationnelle et réduction des risques. Le rapport souligne que l’industrie de défense israélienne dispose déjà des compétences nécessaires pour développer ces capacités à grande échelle, si une décision politique claire est prise.

Sur le plan géopolitique, le rapport met en garde contre une dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis dans un système international de plus en plus multipolaire. Un alignement quasi exclusif sur Washington pourrait, à terme, réduire la liberté d’action d’Israël. Les auteurs recommandent donc de renforcer les liens avec d’autres puissances émergentes, notamment l’Inde, le Japon et la Corée du Sud.

La montée en puissance maritime de la Turquie est également identifiée comme une source majeure d’inquiétude. Ses intentions hostiles potentielles à l’égard des flux commerciaux israéliens exigeraient une vigilance accrue, la mise en place de mécanismes de prévention des incidents, avec l’appui américain et de l’OTAN, ainsi qu’un resserrement des coopérations avec la Grèce et Chypre.

Au-delà des menaces, le rapport identifie une opportunité : le développement de l’économie bleue, qui combine croissance économique et durabilité. Le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe est présenté comme une alternative stratégique aux routes maritimes menacées. Israël est invité à sécuriser son intégration formelle dans cette initiative et à positionner les ports de Haïfa et d’Ashdod comme débouchés maritimes clés vers l’Europe.

En conclusion, le rapport appelle les dirigeants israéliens à redéfinir les intérêts maritimes nationaux et à adopter une véritable stratégie maritime globale. Parmi les recommandations figurent la création d’une autorité nationale chargée de la protection des infrastructures maritimes critiques et l’extension de la piste de l’aéroport de Haïfa pour renforcer les capacités logistiques en cas de crise. Le message est sans ambiguïté : dans un environnement régional de plus en plus instable, la mer n’est plus un arrière-plan stratégique pour Israël, mais un front à part entière.

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