Initialement perçues comme des bandes locales désorganisées, souvent à caractère clanique ou criminel, ces formations évoluent progressivement vers des structures aux caractéristiques semi-militaires. Le passage d’actions opportunistes à des opérations ciblées, planifiées et documentées constitue un tournant : pour la première fois, le défi posé au Hamas ne provient pas uniquement d’Israël, mais du tissu palestinien lui-même.
L’enquête cite la milice de Yasser Abu Shabab comme première tentative de constitution d’un groupe armé hors du contrôle du Hamas. Son activité, centrée sur le détournement de l’aide humanitaire, le contrôle territorial et les affrontements avec des clans rivaux, n’a toutefois pas débouché sur une menace stratégique. L’élimination d’Abu Shabab et l’érosion progressive de son réseau ont mis en évidence les limites de ce modèle : absence de profondeur en renseignement, chaîne de commandement fragile et logistique insuffisante.Mais ce précédent a ouvert une brèche. Il a démontré qu’un acteur armé pouvait exister en dehors de l’appareil du Hamas fût-ce à un coût humain élevé.
Selon Asharq Al-Awsat, la véritable rupture intervient avec l’apparition de milices dirigées par Shawki Abu Nasira et Hussam al-Astal. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces figures disposent d’un passé sécuritaire et de renseignement, d’une formation professionnelle et, dans certains cas, de liens avérés avec des services israéliens.
La différence est qualitative : ces groupes opèrent selon des méthodes rappelant des unités spécialisées, surveillance, collecte de renseignements, assassinats ciblés. L’usage de caméras corporelles, de silencieux et d’armements avancés témoigne d’un mode opératoire structuré, loin de l’improvisation.
Les éliminations ciblées de cadres sécuritaires et de membres de la branche armée du Hamas marquent un changement de règles du jeu. Le mouvement islamiste, jusqu’ici détenteur quasi exclusif de la violence organisée dans la bande de Gaza, voit son autorité contestée. La capacité de ces milices à agir en milieu civil et à frapper de manière planifiée sape sa prétention à une souveraineté sécuritaire totale et écornent son image d’acteur tout-puissant. Le message envoyé à la population est clair : le Hamas n’est plus l’unique arbitre de la force.
Des analystes gazaouis cités par le quotidien estiment que le soutien israélien, direct ou indirect, agit comme un puissant accélérateur. Le recours à des milices locales pour des missions à haut risque — exploration de tunnels, détection d’explosifs, renseignement de terrain — confère à Israël un avantage tactique tout en réduisant l’exposition de ses propres forces. Dans cette logique, ces groupes fonctionnent comme des sous-traitants sécuritaires, selon un modèle déjà observé dans d’autres théâtres du Moyen-Orient.