Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont décidé ce jeudi d'inscrire les Gardiens de la révolution iraniens sur la liste des organisations terroristes. Cette mesure historique intervient après la répression brutale des manifestations massives en Iran, qui aurait causé la mort de milliers, voire de dizaines de milliers de manifestants.
L'Union européenne rejoint ainsi les États-Unis, le Canada et l'Australie, qui ont déjà classé cette organisation comme terroriste.
Avant la réunion ministérielle à Bruxelles, la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, avait été claire : "Si vous vous comportez comme des terroristes, vous devez être traités comme tels." Elle a précisé que cette désignation placerait les Gardiens de la révolution "au même rang qu'Al-Qaïda, le Hamas et Daech".
Après l'adoption de la résolution, Kaja Kallas a affirmé qu'il s'agissait d'une "étape décisive" et que tout régime "qui tue des milliers de ses propres citoyens se rapproche de sa fin".
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Aragchi, a vivement réagi à la décision de l'Union européenne. Il a affirmé que cette mesure visait à exacerber les tensions et à encourager la guerre dans la région. "Plusieurs pays tentent actuellement d'empêcher le déclenchement d'une guerre à grande échelle dans notre région. Aucun d'entre eux n'est un pays européen", a déclaré Aragchi. "Au lieu de cela, l'Europe s'emploie à alimenter l'incendie. Après avoir réactivé le mécanisme de rétablissement automatique des sanctions suite à la violation de l'accord sur le nucléaire iranien (JCPoA), elle commet aujourd'hui une autre grave erreur stratégique en qualifiant notre armée nationale d'organisation terroriste."
Le chef de la diplomatie iranienne a poursuivi en dénonçant "l'hypocrisie flagrante" de Bruxelles : "L'Europe fait preuve d'indignation sélective - ne prenant aucune mesure en réponse au génocide israélien à Gaza tout en se précipitant pour 'protéger les droits de l'homme' en Iran. Ce coup de pub vise principalement à masquer son statut d'acteur mondial en grave déclin."
Israël salue une "décision historique"
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar, a salué cette "décision importante et historique", estimant que "la légitimité du régime meurtrier et répressif a subi un coup dur aujourd'hui".
Selon le chef de la diplomatie israélienne, "déclarer les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste permettra de contrarier et de criminaliser toutes leurs activités en Europe. Cela nuira économiquement à une organisation qui contrôle une part importante de l'économie du régime iranien et adressera un message fort aux fils et filles du peuple iranien qui luttent pour leur liberté."
Une force paramilitaire puissante
Les Gardiens de la révolution constituent un élément central des forces de sécurité iraniennes et opèrent parallèlement à l'armée régulière. Créés après la révolution islamique de 1979, ils sont chargés de protéger le régime des ayatollahs contre les menaces intérieures et extérieures.
L'organisation compterait environ 200 000 membres. Il s'agit d'une force armée fonctionnant comme une armée d'élite dotée de capacités terrestres, maritimes et aériennes. Elle est mieux entraînée, équipée et récompensée que l'armée régulière iranienne.
Les Gardiens disposent également d'une branche opérationnelle à l'étranger : la Force Qods, chargée d'établir et de gérer des groupes affiliés à l'Iran au Moyen-Orient et au-delà. Au fil des ans, elle a notamment soutenu le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et diverses milices en Syrie et en Irak. La Force Qods est à l'origine d'attentats et tentatives d'attentat à l'étranger.