Une semaine après le sommet tenu à Moscou entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue syrien Ahmad al-Charaa, une délégation militaire russe de haut niveau est arrivée à Damas. Selon plusieurs médias arabes, la mission, conduite par le vice-ministre russe de la Défense Younous-Bek Ievkourov, vise à « renforcer et développer la coopération militaire » entre les deux pays et devrait s’étendre sur plusieurs jours.
Cette visite s’inscrit dans une dynamique désormais bien installée. D’après la chaîne saoudienne Al-Arabiya, il s’agit déjà du quatorzième contact de haut niveau entre le nouveau pouvoir syrien et Moscou מאז la chute de l’ancien régime. Un chiffre révélateur : le dialogue russo-syrien est devenu une routine politique et sécuritaire.
Pourquoi, après le changement de pouvoir et la chute d'Assad, Damas choisit-elle non seulement de maintenir, mais d’approfondir ses relations avec Moscou ?
Du point de vue syrien, plusieurs logiques se superposent. La première est stratégique. La Russie conserve des actifs militaires majeurs en Syrie, en particulier la base aérienne de Hmeimim et sa présence autour du port de Tartous. Pour les nouvelles autorités, l’enjeu semble être celui de la gestion du risque : mieux vaut encadrer et formaliser la présence russe que la laisser évoluer comme un facteur autonome, potentiellement déstabilisateur. Cette approche est d’autant plus sensible sur la côte syrienne, région historiquement associée au bastion de la communauté alaouite, dont était issu l’ancien président Assad. Selon des sources internationales, la question des bases russes a été abordée lors de la rencontre entre Poutine et al-Charaa, sans qu’aucun détail n’ait filtré à ce stade.
À cela s’ajoute un intérêt militaire et technique très concret. Une large part de l’arsenal encore en service au sein de l’armée syrienne est d’origine russe. Cette réalité crée une dépendance structurelle : maintenance, pièces détachées, formation des personnels et éventuelles modernisations passent nécessairement par Moscou.
La chaîne qatarie Al-Jazeera, qui a couvert la visite d’al-Charaa en Russie, souligne que Damas perçoit la coopération militaire comme un levier pour sécuriser le soutien logistique aux équipements existants, envisager l’acquisition de nouveaux systèmes et développer les capacités de formation. Le profil du chef de la délégation russe vient étayer cette lecture : Ievkourov est notamment chargé, au sein du ministère russe de la Défense, des programmes d’entraînement et de formation au combat.
Un autre facteur, tout aussi déterminant, est d’ordre diplomatique. La Russie reste membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Le régime syrien pourrait avoir besoin de ce soutien à différentes étapes sur la scène internationale. Le 27 janvier, le site d’information russe RBC attribuait ainsi à al-Charaa une déclaration selon laquelle la Syrie « a besoin de la voix de la Russie » compte tenu de son statut au Conseil de sécurité.
Pour le centre de recherche arabe indépendant Omran, basé à Istanbul et spécialisé sur la Syrie, cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large, dite « multi-vectorielle ». L’objectif : entretenir des relations avec plusieurs pôles de puissance simultanément, afin d’éviter que la Syrie ne devienne un terrain de confrontation entre intérêts extérieurs concurrents.
Selon cette analyse, le nouveau pouvoir à Damas ne cherche pas à se placer sous la tutelle des États du Golfe, des États-Unis ou de l’Europe. Il vise au contraire à préserver une marge de manœuvre diplomatique. Dans cette optique, le renforcement du lien avec Moscou constitue aussi un message adressé aux capitales occidentales et aux acteurs régionaux : la Syrie post-Assad n’entend dépendre d’aucun partenaire unique, mais construire un réseau d’alliances diversifié et pragmatique.
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