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Entre riposte et prudence : le dilemme stratégique des États du Golfe

Les attaques iraniennes de grande ampleur contre plusieurs États du Golfe ces derniers jours font planer la menace d’un élargissement du conflit au Moyen-Orient, si les monarchies du Golfe décidaient de riposter, la guerre pourrait rapidement dépasser le cadre actuel de l’affrontement entre l’Iran, Israël et leurs alliés.

5 minutes
5 mars 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Entre riposte et prudence : le dilemme stratégique des États du Golfe

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Selon des sources sécuritaires, plus de 1 500 missiles et drones ont été interceptés durant les deux premiers jours d’attaques, un test sans précédent pour les systèmes de défense aérienne de la région depuis des décennies. Les frappes ont visé des aéroports, des ports, des raffineries et parfois des zones civiles, élargissant le champ des cibles et mettant sous pression les infrastructures stratégiques du Golfe.

Face à cette offensive, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït ont activé leurs systèmes de défense aérienne, fermé partiellement leur espace aérien et renforcé leur coordination militaire. Plusieurs capitales ont également convoqué les ambassadeurs iraniens pour protester officiellement, rappelant que les États du Golfe se réservent le droit de répondre en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations unies, qui consacre le droit à la légitime défense en cas d’attaque.

Malgré l’ampleur des frappes, la réponse des monarchies du Golfe reste pour l’instant limitée à une posture de défense active. Ces États cherchent à préserver un équilibre délicat : protéger leur territoire et leurs infrastructures énergétiques tout en évitant une guerre ouverte avec l’Iran. La tension reste néanmoins palpable. Un porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères a déclaré que les attaques « ne peuvent rester sans réponse », tout en précisant que la nature et le calendrier d’une éventuelle riposte dépendront des décisions des dirigeants. Une nouvelle frappe majeure, notamment contre des installations pétrolières ou des centres urbains, pourrait toutefois modifier cette posture prudente et pousser certains États du Golfe à envisager une riposte militaire limitée destinée à rétablir la dissuasion.

La défense des monarchies du Golfe repose largement sur la présence militaire américaine dans la région. Plusieurs installations stratégiques jouent un rôle central dans l’interception des missiles et drones iraniens. La base aérienne d’Al-Udeid au Qatar, l’une des plus importantes bases américaines au Moyen-Orient, constitue un centre de commandement majeur. À Bahreïn se trouve également la 5ᵉ flotte de la marine américaine, chargée de sécuriser les voies maritimes du Golfe. Ces infrastructures permettent une coordination étroite entre les armées du Golfe et les États-Unis, notamment grâce aux systèmes antimissiles Patriot et THAAD, déployés dans plusieurs pays de la région. Mais cette présence militaire constitue aussi une source de vulnérabilité : les bases américaines pourraient devenir des cibles directes de Téhéran en cas d’escalade.

Un enjeu énergétique mondial

Le Golfe persique demeure l’un des points névralgiques de l’économie mondiale. Près d’un tiers du pétrole exporté par voie maritime transite par cette région, notamment par le détroit d’Ormuz. Toute menace sur cette route stratégique, ou sur les installations pétrolières des États du Golfe, pourrait provoquer une flambée des prix de l’énergie, une hausse des coûts d’assurance maritime et des perturbations majeures dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’Europe surveille particulièrement la situation, car le Qatar est devenu l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel liquéfié pour les marchés européens.

Les dirigeants du Golfe gardent, sans doute, en mémoire les attaques de septembre 2019 contre les installations pétrolières saoudiennes d’Abqaiq et de Khurais, attribuées à l’Iran. Ces frappes avaient temporairement réduit la production mondiale de pétrole d’environ 5 %, provoquant une onde de choc sur les marchés énergétiques. Un épisode qui a profondément marqué les stratégies de défense des monarchies du Golfe et accéléré le déploiement de systèmes antimissiles et de dispositifs de surveillance.

Des positions différentes face à Téhéran

Les pays du Golfe ne partagent pas tous la même approche vis-à-vis de l’Iran. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis adoptent traditionnellement une ligne plus ferme face à Téhéran.
À l’inverse, le Qatar et Oman privilégient souvent une posture plus diplomatique et maintiennent des canaux de dialogue avec la République islamique. Le Koweït adopte généralement une position intermédiaire, marquée par la prudence. Ces divergences expliquent en partie pourquoi aucune riposte militaire collective n’a été décidée pour l’instant.

Selon des sources du renseignement israélien, les capitales du Golfe mènent actuellement une évaluation discrète de la situation. La question centrale est de savoir si la pression militaire croissante exercée sur l’Iran, notamment les frappes contre des infrastructures stratégiques et des symboles du pouvoir, pourrait fragiliser le régime iranien de l’intérieur. Si une dynamique d’affaiblissement interne apparaissait à Téhéran, certains États du Golfe pourraient soutenir une coalition plus large contre l’Iran, par des moyens logistiques, diplomatiques ou de renseignement, sans s’engager directement dans les combats.

Pour l’heure toutefois, les analyses convergent vers une conclusion prudente : le régime iranien ne montre aucun signe immédiat d’effondrement. Les institutions continuent de fonctionner, les forces de sécurité restent soudées et les Gardiens de la révolution conservent le contrôle des principaux centres de pouvoir.

Dans ce contexte, les monarchies du Golfe poursuivent une stratégie de retenue calculée, conscientes qu’une escalade incontrôlée pourrait transformer la crise actuelle en conflit régional majeur.

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