Pour le lieutenant-colonel de réserve Amit Yagur, l’approche iranienne dans la guerre actuelle repose sur une logique bien connue des régimes confrontés à un adversaire militairement supérieur : l’asymétrie. « La réponse du plus faible est toujours asymétrique », explique-t-il. Depuis plusieurs décennies, le régime iranien et l’« axe de la résistance » ont intégré leur infériorité militaire face à l’Occident. En conséquence, leur capacité de riposte militaire directe reste limitée. Plutôt que de chercher une confrontation frontale, Téhéran a choisi de déplacer le champ de bataille vers d’autres terrains, en utilisant une combinaison d’outils militaires, économiques et psychologiques. Contrairement à certaines analyses qui présentent la réaction iranienne comme celle d’un régime acculé, Yagur estime que la stratégie actuelle est rationnelle, planifiée de longue date et parfaitement contrôlée.
Le premier front de cette stratégie concerne l’opinion publique internationale. L’Iran cherche à provoquer une crise énergétique capable d’influencer les économies occidentales et de faire pression sur leurs dirigeants. Pour y parvenir, Téhéran s’appuie sur des moyens militaires visant les infrastructures énergétiques et les routes maritimes stratégiques. Les attaques contre les navires ou les installations pétrolières peuvent provoquer des perturbations dans l’approvisionnement mondial et faire grimper les prix du pétrole. Cependant, selon Yagur, l’Iran dispose aussi d’une limite stratégique : il ne peut pas se permettre de bloquer totalement le détroit d’Ormuz, au risque de pénaliser ses propres exportations ou celles de partenaires clés comme la Chine.
Le deuxième volet concerne l’opinion publique iranienne. Alors que les sociétés occidentales restent largement ouvertes au débat public, le régime iranien cherche au contraire à réduire au silence toute contestation interne. La coupure de l’accès à Internet constitue l’un des outils principaux de cette stratégie. En limitant la circulation de l’information et la capacité d’organisation de la population, le régime espère empêcher l’émergence d’un mouvement de protestation capable de profiter du contexte de guerre.
Un troisième objectif crucial pour Téhéran est de préserver la loyauté de ses propres forces de sécurité, notamment les Gardiens de la Révolution et la milice du Basij, qui compte environ un demi-million de membres. Pour le régime, il est essentiel de projeter une image de stabilité et de puissance auprès de ces forces. Toute atteinte à cette perception pourrait déclencher une réaction en chaîne, allant de la démoralisation jusqu’à une possible rébellion interne. Dans cette logique, la priorité du régime iranien reste simple : survivre, quel qu’en soit le prix. Même affaibli, un régime qui parvient à résister pourra ensuite reconstruire ses capacités militaires – qu’il s’agisse du programme nucléaire, des missiles ou de son influence régionale.
Face à cette approche asymétrique, Yagur estime que plusieurs leviers pourraient affaiblir la stratégie iranienne. Le premier concerne le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Neutraliser la capacité iranienne à perturber la navigation dans cette zone – notamment ses missiles côtiers, ses mines marines et ses vedettes explosives – serait essentiel pour éviter une crise énergétique mondiale. Il recommande également de mettre en place un système d’escorte navale pour les navires marchands, une pratique classique en période de crise maritime.
Le second levier concerne l’accès à l’information en Iran. Selon lui, rétablir l’accès à Internet pourrait permettre aux mouvements d’opposition de s’organiser plus efficacement contre le régime.
Enfin, un troisième axe vise le cœur économique du pouvoir iranien. Pendant des années, les Gardiens de la Révolution ont bénéficié d’un système économique privilégié, leur garantissant revenus et avantages.
L’attaque récente contre les serveurs de la banque Sepah, institution financière liée aux Gardiens de la Révolution, pourrait fragiliser ce système. Si le régime ne parvient plus à payer ses forces de sécurité ou à préserver leurs privilèges économiques, leur loyauté pourrait être mise à l’épreuve.
Selon Yagur, ces différents facteurs constituent les « briques » fondamentales de la stratégie iranienne. Les neutraliser permettrait de réduire la capacité du régime à prolonger le conflit et de préparer les étapes suivantes de la confrontation.
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