Il frappe à des portes inconnues pour apporter la pire nouvelle du monde. Depuis 16 ans, le major Tal Cohen exerce l'une des fonctions les plus éprouvantes de Tsahal : celle d'informateur auprès des familles de soldats tombés au combat. Dans un entretien rare à Arutz 7, il lève le voile sur un rôle que l'armée confie à peu de personnes car peu sont en mesure de l'assumer.
« Rien ne vous y prépare »
Professeur d'éducation civique dans un lycée, marié et père de six enfants, Tal Cohen mène une vie ordinaire - jusqu'à ce qu'un appel arrive. « Savoir qu'à tout moment mon téléphone peut sonner, et qu'il n'y a pas de règles », dit-il. En plein cours, il lui est arrivé de tout laisser tomber pour partir en mission. Pendant les périodes d'alerte, il est, selon ses propres mots, « pleinement disponible, physiquement et mentalement ».
Seize ans de service ne l'ont pas blindé. Chaque nouvelle convocation, dit-il, « vous coupe le souffle, votre pouls passe de 0 à 100 ». « Rien ne vous y prépare », répète-il, dissipant l'idée qu'on pourrait s'endurcir à force d'annoncer la mort.
L'instant suspendu devant la porte
Le moment le plus redouté, confie Tal Cohen, est celui qui précède. Frapper. Attendre. Ne pas savoir qui va ouvrir. « On ne sait jamais devant qui on va se trouver. Peut-être une jeune mariée. Peut-être une fillette de sept ans. »
Il raconte le cas d'un homme qui, en ouvrant la porte, croyait accueillir un collecteur de dons. « Il n'imaginait un seul instant qu'il s'agissait de soldats venus lui annoncer la mort de son fils. » Le message à la famille est délivré selon une formule fixe et précise, sans déviation possible — conçue pour que la réalité soit énoncée clairement, malgré le désir humain, viscéral, de l'atténuer.
Le 7 octobre : trois annonces par jour
L'attaque du 7 octobre 2023 a submergé le système., raconte Tal Cohen, décrivant un engrenage de deuils qui s'enchaînaient sans répit. Parmi les familles à prévenir, certaines appartenaient à son cercle personnel. Il a dû frapper aux portes de gens qu'il connaissait.
Et puis est venu le coup le plus intime : apprendre que son propre fils avait été blessé lors des combats à Gaza. « On ne sait jamais ce qu'on va voir », dit-il sobrement, évoquant le trajet jusqu'à l'hôpital et la conscience progressive que sa famille entrait à son tour dans un long processus — celui de la rééducation.
Malgré les années, Tal Cohen refuse de sa faire à cette tâche au point de pouvoir la considérer comme routinière. La limite qu'il s'est fixée est claire : « Le jour où je trouverai ce rôle supportable, ce sera le jour où je démissionnerai. » Après chaque mission, son combat continue — différemment. Rentrer chez lui. Refermer la porte. Serrer sa famille dans ses bras, et tenter de revenir à soi.
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