Culture

"Sionistes, hors de notre ville" : Joann Sfar défie le boycott et monte sur scène à Marseille

L'auteur avait été pris pour cible par le collectif Culture 13 en lutte, qui l'accusait de « relativiser les crimes de l'État israélien » et avait appelé à son exclusion du festival "Oh les beaux jours"

3 minutes
31 mai 2026

ParJohanna Afriat

"Sionistes, hors de notre ville" : Joann Sfar défie le boycott et monte sur scène à Marseille
Tract du collectif Culture 13

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Malgré un appel au boycott lancé quelques jours avant sa venue, le dessinateur Joann Sfar a bien participé vendredi soir au festival littéraire Oh les beaux jours ! à Marseille, donnant son concert dessiné à La Criée devant un public venu nombreux.

L'auteur du Chat du rabbin avait été pris pour cible par le collectif Culture 13 en lutte, qui l'accusait de « relativiser les crimes de l'État israélien » et avait appelé à son exclusion du festival sous le slogan « Sionistes hors de notre ville ! ». Des appels restés sans effet : Sfar n'avait jamais envisagé de renoncer. « Je vais continuer, sans demander la permission à quiconque », avait-il déclaré avant l'événement.

Sur scène, entouré de trois musiciens, il a présenté un spectacle mêlant musique manouche et illustration en direct — un format délibérément éloigné des polémiques qui avaient précédé sa venue. Une façon de rappeler, comme il l'avait lui-même formulé, que « tout cette histoire est absurde » et que sa présence à Marseille n'avait « absolument rien à voir avec le Proche-Orient ».

Face aux accusations du collectif, Sfar avait rejeté fermement toute complaisance avec le gouvernement israélien, rappelant avoir passé deux ans au Proche-Orient, y compris à Ramallah, Naplouse et Masafer Yatta, et en avoir rapporté quelque 1 500 pages de témoignages rassemblés dans son livre Terre de sang, le temps du désespoir. « Ils se trompent d'ennemi et n'ont évidemment pas lu mes livres », avait-il lancé à ses détracteurs, ajoutant que l'emploi du mot « sioniste » sur l'affiche du collectif visait en réalité le mot « juif ».

Sa détermination avait été largement soutenue. Le maire de Marseille Benoît Payan avait pris position en sa faveur, dénonçant des « messages de haine qui ne sont pas les bienvenus à Marseille ». Le Crif Marseille-Provence avait dénoncé « une stigmatisation totale » visant « un artiste juif que l'on voudrait exclure symboliquement de l'espace culturel marseillais ». L'Observatoire de la liberté de création avait pour sa part rappelé qu'« aucun artiste ne doit être visé ou censuré en raison de ses opinions réelles ou supposées ».

La directrice du festival, Fabienne Pavia, avait elle aussi refusé de céder, estimant que les accusations portées contre l'auteur ne résistaient pas à la lecture de son dernier ouvrage : « Pas grand monde ne semble avoir lu Terre de sang, sinon, on ne ferait pas ce procès à Joann Sfar. »


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