Au milieu des tensions et des fractures qui traversent la société israélienne, une histoire venue des hôpitaux du pays rappelle la force des liens humains qui unissent parfois les destins les plus improbables.
Pendant neuf mois, Rafael Edri, un petit garçon juif de trois ans et demi originaire de Jérusalem, a vécu entre les murs de l’hôpital Schneider de Petah Tikva. Atteint d’une grave malformation cardiaque diagnostiquée à la naissance, il avait déjà subi plusieurs opérations à cœur ouvert lorsque son état s’est brutalement aggravé. Après l’échec d’une nouvelle intervention chirurgicale, les médecins n’avaient plus d’autre choix que de le connecter à un cœur artificiel externe, le « Berlin Heart », un dispositif de survie relié à sa poitrine par des tubes.
Pour Rafael, cette machine bleue montée sur roulettes était devenue une compagne de tous les instants. Malgré son jeune âge, il connaissait parfaitement son rôle. « Ça donne la vie », expliquait-il simplement aux visiteurs. Lorsqu’on lui demandait pourquoi il était branché à cet appareil, sa réponse était toujours la même : « J’attends un cœur. »
Les mois ont passé sans qu’aucun donneur compatible ne soit trouvé. Face à l’urgence, la famille avait même décidé de tenter sa chance aux États-Unis. Un transfert vers New York avait été organisé et le départ était prévu dans la soirée. Les valises étaient prêtes. Le père de Rafael se trouvait déjà sur place pour préparer leur arrivée.
C’est alors qu’un drame survenu à plusieurs centaines de kilomètres de là allait bouleverser leur destin.
À Kafr Qassem, Shabaa Badir, une fillette arabe de six ans et demi décrite par ses proches comme « l’âme de la maison », profitait de vacances familiales à Eilat. Après une journée passée avec ses parents et ses frères et sœurs, elle ne s’est jamais réveillée le lendemain matin. Transportée d’urgence à l’hôpital, les médecins ont diagnostiqué une hémorragie cérébrale massive provoquée par une malformation vasculaire congénitale. Malgré les efforts déployés pour la sauver, son décès a été constaté deux jours plus tard.
Dans l’épreuve la plus terrible que puissent traverser des parents, la famille Badir a accepté immédiatement le don d’organes.
« Nous avons dit oui sans hésiter », raconte son père, Mehran Badir. « Nous ne sommes que des envoyés. Qui a créé ce cœur ? Certainement pas moi. Ma fille est partie. Si ses organes peuvent sauver des vies, alors il faut le faire. »
Quelques heures plus tard, l’hôpital Schneider informait la famille Edri qu’un cœur compatible venait d’être trouvé. Le départ pour New York était annulé. Rafael allait être opéré en Israël.