Lorsque la Déclaration d'indépendance américaine fut signée en 1776, la population juive des États-Unis ne comptait qu'environ 2 000 personnes. Malgré ce nombre restreint, les membres de cette communauté s'étaient activement engagés dans la construction de la jeune nation : ils avaient soutenu la Révolution américaine, contribué à son financement et combattu aux côtés des insurgés contre les Britanniques.
Parmi les figures marquantes de cette période, Francis Salvador occupe une place particulière. Premier Juif élu à une assemblée législative en Amérique, il fut également le premier Juif tué durant la guerre d'indépendance américaine, devenant un symbole du patriotisme juif et de la participation de la communauté à l'aventure américaine dès ses origines.
En août 1790, le Président George Washington se rendit à Newport peu après que le Rhode Island eut officiellement rejoint l'Union américaine. À cette occasion, Moses Seixas, dirigeant de la congrégation Yeshuat Israel, l'ancienne communauté juive séfarade de la ville, lut devant le Président une lettre de bienvenue au nom de sa congrégation.
Seixas y exprimait ses vœux de bienvenue au Président tout en formulant l'espoir que la jeune nation accorderait aux juifs une pleine liberté civile et religieuse, une perspective loin d'être acquise à l'époque pour les communautés juives à travers le monde. La réponse que Washington lui adressa quelques jours plus tard allait devenir un texte fondateur de l'histoire de la liberté religieuse aux États-Unis.
Dans sa lettre, Washington affirme une idée révolutionnaire pour son époque : la liberté religieuse n'est pas une simple tolérance accordée par la majorité à une minorité, mais un droit naturel appartenant à chaque individu. Il s'y engage à ce que le gouvernement des États-Unis n'apporte « aucun soutien au fanatisme, aucune assistance à la persécution », et exprime le vœu que la communauté juive continue de jouir d'une pleine égalité et d'une sécurité personnelle dans la nouvelle nation.
Il conclut son texte par l'une des formules les plus célèbres de l'histoire des relations entre les Juifs et les États-Unis, reprenant une image biblique tirée du livre de Michée : ''puisse la descendance d'Abraham établie sur cette terre continuer à mériter et à jouir de la bienveillance des autres habitants, chacun pouvant alors s'asseoir en sécurité sous sa vigne et son figuier, sans que personne ne vienne l'effrayer''.
La lettre originale appartient aujourd'hui à la fondation philanthropique Morris Morgenstern Foundation. À Newport, la synagogue historique Touro Synagogue, la plus ancienne synagogue encore en activité aux États-Unis, en expose une copie fidèle, et la congrégation y organise chaque année une lecture publique du texte.
Grâce à une autorisation spéciale accordée par la fondation Morris Morgenstern, les visiteurs du musée ANU du peuple juif à Tel Aviv peuvent désormais découvrir une reproduction fidèle de ce document exceptionnel dans le cadre de l'exposition permanente consacrée à l'évolution du statut des Juifs à l'époque moderne et à l'histoire de la communauté juive américaine.