Israël

Où était l'armée de l'air le 7 octobre? Nouveaux éléments de réponse

L'armée de l'air était la grande absente des premières heures de la terrible attaque du 7 octobre. Le rapport du sous-général Oren Solomon apporte un nouvel éclairage sur cette question douloureuse.

6 minutes
30 novembre 2025

ParGuitel Benishay

Où était l'armée de l'air le 7 octobre? Nouveaux éléments de réponse
Photo by Nati Shohat/Flash90

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Le sous-général Oren Solomon, enquêteur de la division de Gaza, a examiné au cours de l'année écoulée le fonctionnement de l'armée lors du 7 octobre. Son rapport met au jour de graves défaillances de l'armée de l'air. Les témoignages recueillis et diffusés sur la chaine israélienne N12 dressent le tableau d'une série de décisions erronées, d'un commandement central trop rigide et d'une incapacité à appréhender la situation en temps réel.

Les alertes de la nuit du 6 au 7 octobre

« L'armée de l'air reçoit des renseignements dans la nuit. Aucune évaluation de la situation n'est effectuée », explique Solomon concernant les événements survenus dans la nuit précédant le 7 octobre. « Tout le monde décroche le téléphone rouge, dit "oui, oui, oui, compris", puis raccroche. Et en réalité, aucune procédure opérationnelle n'est mise en œuvre concernant les renseignements reçus. »

Au cours de cette nuit, des indices d'une préparation du Hamas apparaissent, mais l'armée de l'air ne prend pas en compte ces différents signaux d'alerte.

Solomon décrit une défaillance criante : « À 2h30 du matin, une jeune officière est de permanence à la cellule d'alerte. Des indications de renseignement arrivent du côté du Hamas, elle demande à obtenir des éléments et une meilleure compréhension de la part du renseignement militaire et de l'unité 8200, mais on lui répond : "non, vous ne pouvez pas, vous n'êtes pas habilités à recevoir ces informations, nous allons regarder et vérifier. »

Cette officière a passé environ 50 appels pour clarifier l'information, mais le renseignement militaire ne lui a pas transmis les documents. « Rien n'a été fait avec ces informations, et c'est précisément cette lacune qui n'a pas permis à l'armée de l'air de comprendre que quelque chose se tramait », constate Solomon.

Des décisions prises sans consultation

À 4h00 du matin, le chef d'état-major Herzi Halevi a procédé à une évaluation de situation et a pratiquement exclu totalement l'éventualité que le Hamas attaque par les airs. Cette décision a été prise sans consultation avec le commandant de l'armée de l'air, qui n'a même pas été convié à la discussion.

« Le 7 octobre, des dizaines de drones ennemis explosent sur nos positions, sur le matériel et sur toutes les tours d'observation. Ils aveuglent plus de 80 % des moyens sur les tours qui sont détruites. Six parapentes avec des terroristes qui entament une tuerie », décrit Solomon.

Le général Tomer Bar, commandant de l'armée de l'air. Photo by Flash90

Des heures perdues tandis que les terroristes franchissent la barrière

À 6h43, la division de Gaza déclenche l'alerte ''invasion'', et l'armée de l'air, conformément aux ordres, frappe des cibles souterraines – où personne ne se trouve. L'armée de l'air ne disposait pas d'une vision de la situation indiquant que des milliers de terroristes avaient franchi la clôture. Pourtant, seulement 24 minutes après le début de l'offensive, elle a reçu des informations concrètes sur deux infiltrations massives par la barrière supérieure.

À 6h53, un officier d'état-major de la division de Gaza informe le centre de contrôle de l'armée de l'air de « plusieurs raids simultanés ». « Nous avons sur la ligne de rapport 51 et sur la ligne de rapport 221 en direction de Kerem Shalom et aussi vers Netiv HaAssara », ajoute-t-il en demandant : « Nous sommes en politique de feu élargi, d'accord ? » L'officier du centre de contrôle répond : « Reçu 100 % ». Malgré cette conversation, l'armée de l'air n'attaque pas dans la zone de la barrière et le commandement Sud ne le lui demande pas.

Solomon décrit la défaillance centrale : « Au lieu que ces avions décollent immédiatement pour attaquer ces terroristes sur la barrière, aux axes d'entrée et d'infiltration, que font les avions ? Ils se préparent. Près de trois heures pendant lesquelles ils restent au sol sans attaquer. »

L'opération « Épée de Damoclès » : une erreur fatale d'évaluation des cibles prioritaires

Pendant des heures, la majorité des avions de combat sont restés au sol, les pilotes se préparant pour une frappe unique contre des postes de commandement de routine en profondeur dans la Bande de Gaza – une opération nommée « Épée de Damoclès », effectuée sur demande du commandement Sud.

« À 7h10, l'ordre de lancer l'opération "Épée de Damoclès" est donné, des dizaines d'avions sont restés au sol en attendant la fin de la planification. Ce n'est qu'à 10h30 que les avions ont attaqué. Près de trois heures précieuses perdues », déplore Solomon.

Le commandant de la division de Gaza, Avi Rosenfeld, supplie l'armée de l'air d'« attaquer à la barrière », mais le commandement Sud insiste pour poursuivre le plan « Épée de Damoclès » en profondeur dans la Bande de Gaza. L'armée de l'air ne fait pas preuve de réflexion autonome et la barrière n'est pas attaquée.

« Vers 9h45, l'ancien officier de renseignement de la division, le lieutenant-colonel Y., entre. Il ouvre la porte et voit l'officier de tir du commandement Sud et l'officier de renseignement du commandement Sud, tous deux en conférence téléphonique avec le chef des opérations, lui disant : "L'opération Épée de Damoclès est prête à vos ordres". Et il leur crie : "De quoi parlez-vous ? Quelle Épée de Damoclès ? Attaquez les terroristes à la barrière !" Vers 10h30, l'armée de l'air attaque avec tout l'arsenal de combat disponible, des cibles en profondeur dans la Bande de Gaza, des postes de commandement de routine », relate Solomon.

Des axes de pénétration non attaqués

L'armée de l'air n'a pas attaqué les axes d'infiltration par lesquels des milliers de terroristes ont pénétré en Israël parfois après avoir eu le temps d'effectuer trois allers-retours en territoire israélien. À la place, les cibles d'« Épée de Damoclès » en profondeur dans la Bande de Gaza ont été frappées, mobilisant pas moins de 20 avions pour cette opération superflue.

Que faisaient les autres avions disponibles pendant ces heures précieuses ? Ils participaient à l'opération « Autorité radar », visant à frapper les stocks de roquettes du Hamas à la demande du commandement Sud, et protégeaient l'espace aérien du pays et les actifs stratégiques sur ordre du chef d'état-major.

Peu avant 10h00, le commandant de l'armée de l'air, le général Tomer Bar, donne un nouvel ordre : « Se concentrer sur la barrière ». Mais cet ordre ne se concrétise qu'à midi. Le lieutenant-colonel Y., officier de frappe aérienne du commandement Sud, déclare : « Nous n'avons compris qu'à 10h00 qu'il fallait attaquer à la barrière, trop tard. Un échec. »