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Pourquoi Israël observe-t-il avec inquiétude l’intention de la Turquie de rejoindre l’accord de défense entre l’Arabie saoudite et le Pakistan ?

D’après certaines sources citées anonymement par Bloomberg, les discussions avec Ankara seraient à un stade avancé et la probabilité de parvenir à un accord est jugée élevée, une telle évolution pourrait déboucher sur un nouveau pacte sécuritaire et modifier certains équilibres stratégiques au Moyen-Orient et dans ses périphéries.

4 minutes
11 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Pourquoi Israël observe-t-il avec inquiétude l’intention de la Turquie de rejoindre l’accord de défense entre l’Arabie saoudite et le Pakistan ?
Un bloc qui inquiète Jérusalem

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Ce rapprochement s’inscrit dans une convergence croissante des intérêts turcs, saoudiens et pakistanais, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi en Asie du Sud et jusqu’en Afrique. Pour Ankara, l’adhésion à cette alliance représenterait un levier pour renforcer sa sécurité nationale et moderniser ses capacités de dissuasion, dans un environnement géopolitique instable et alors même que l’efficacité de l’OTAN est de plus en plus questionnée par la Turquie sur plusieurs dossiers.

À Jérusalem, des responsables politiques de haut niveau indiquent qu’Israël suit de très près ces développements. L’entrée de la Turquie dans cette alliance marquerait l’ouverture d’une nouvelle phase de coopération militaire entre les trois pays, dans le cadre d’un effort plus large de consolidation de leurs liens sécuritaires.

Parallèlement, Riyad et Ankara ont récemment intensifié leur coopération économique et militaire. Le ministère turc de la Défense a annoncé la tenue à Ankara de la première réunion navale conjointe entre les deux pays. La Turquie cherche à élargir ses exportations dans le domaine de l’armement, tandis que l’Arabie saoudite — l’un des plus grands importateurs d’armes au monde — constitue une cible stratégique majeure. En 2023, les deux pays ont d’ailleurs signé un accord portant sur l’acquisition par Riyad de drones avancés produits par la société turque Baykar.

Les relations entre la Turquie et le Pakistan reposent quant à elles sur une tradition ancienne de coopération militaire. Ankara construit des corvettes pour la marine pakistanaise, a modernisé des dizaines d’avions F-16, et partage avec Islamabad des technologies de pointe dans le domaine des drones — un secteur dans lequel le Pakistan coopère également avec l’Arabie saoudite.

En septembre dernier, Riyad et Islamabad ont signé un accord de défense stratégique conjointe, stipulant que toute attaque contre l’un des deux pays serait considérée comme une attaque contre l’autre. Une formulation qui rappelle l’article 5 de l’OTAN, alliance dont la Turquie est, ironie stratégique, la deuxième force militaire après les États-Unis.

L’adhésion de la Turquie pourrait donner naissance à une nouvelle alliance sunnite tripartite, dotée d’un poids militaire, économique et même nucléaire, susceptible de rebattre les cartes régionales. Chacun des trois partenaires apporterait un atout clé : l’Arabie saoudite, avec sa puissance financière et son influence dans le monde arabe ; le Pakistan, avec son armée expérimentée et sa capacité nucléaire ; la Turquie, avec une force militaire conséquente, des technologies de défense avancées et son ancrage au sein de l’OTAN. Un tel bloc serait avant tout dirigé contre l’Iran, mais pourrait, à terme, influencer les équilibres face à l’Inde et également vis-à-vis d’Israël.

Toujours selon ces sources, il ne s’agit pas d’un simple ajustement régional, mais d’un tournant stratégique susceptible d’avoir un impact direct sur la liberté d’action sécuritaire d’Israël. Une coopération étroite entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie contraindrait Jérusalem à réévaluer sa doctrine militaire et à mesurer les implications de cette alliance sur ses marges de manœuvre régionales.

La dynamique pourrait également peser sur la normalisation avec l’Arabie saoudite. Une garantie de sécurité pakistanaise — émanant d’une puissance nucléaire — modifie le rapport de dépendance régionale de Riyad. Au lieu de s’appuyer sur Israël pour bâtir un dispositif de défense face à l’Iran, le royaume pourrait miser sur un axe sunnite interne, réduisant ainsi l’incitation à avancer vers une normalisation ouverte avec Jérusalem et compliquant les initiatives diplomatiques esquissées ces derniers mois.

Enfin, cette évolution risque d’accentuer la rivalité entre Israël et la Turquie, Ankara pouvant devenir un acteur central de cette nouvelle architecture régionale. Proche de l’axe des Frères musulmans, la Turquie pourrait exploiter cette alliance pour renforcer son influence dans le monde sunnite et sur la scène palestinienne au détriment d’Israël, notamment dans les pays du Golfe.

L’Inde, engagée dans une rivalité durable avec le Pakistan, pourrait elle aussi percevoir cette alliance comme une menace pour la stabilité régionale et pour ses relations économiques avec Riyad.

La conclusion tirée par plusieurs responsables sécuritaires est claire : le Moyen-Orient pourrait entrer dans une nouvelle ère d’alliances régionales, fondées sur des mécanismes de puissance internes et moins dépendantes des États-Unis. Contrairement aux décennies passées, où les États sunnites s’appuyaient largement sur Washington pour leur sécurité, un système plus autonome semble émerger, combinant coopération militaire, économique et nucléaire.

Israël devra alors s’adapter : renforcer son renseignement, consolider ses systèmes de défense aérienne, s'assouplir au niveau diplomatique et réexaminer ses relations avec l’Arabie saoudite et la Turquie, afin d’éviter un isolement stratégique croissant dans la région.

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