Culture

Peindre le manque : entre perte, mémoire et renouveau

À l’entrée du Jerusalem Theatre, l’exposition Painting Longing capte immédiatement le regard. Présentée dans le foyer Sherover jusqu’au 4 février, elle réunit peintures à l’huile et dessins au fusain à travers lesquels l’artiste Tamar Aluf explore un sentiment intime et universel : le manque, le געגוע.

3 minutes
18 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Peindre le manque : entre perte, mémoire et renouveau
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Inaugurée en présence de proches, l’exposition est profondément ancrée dans l’histoire personnelle de l’artiste. Son père, Boaz Aluf, informaticien à la Banque Hapoalim, a été assassiné dans un attentat terroriste en 2002. « C’était un matin ordinaire. J’avais 16 ans », se souvient-elle. Elle peignait déjà depuis l’enfance et a repris les pinceaux dès la fin de la semaine de deuil. Environ la moitié des œuvres exposées ont été réalisées après le 7 octobre. L’œuvre de Tamar Aluf a récemment été présentée à la résidence du président Isaac Herzog, lors d’un événement organisé par OneFamily, dans le cadre du programme Bonim Chalom, qui accompagne des frères et sœurs endeuillés par le terrorisme et la guerre.

Lors de l’ouverture, l’artiste a résumé sa démarche avec simplicité : « Je peins la vie – une vie qui contient le manque. Ce sentiment est difficile à expliquer avec des mots, alors j’essaie de lui donner une forme, une couleur, un espace. » Pour elle, le manque n’est pas seulement une absence : « Il peut concerner une personne, un moment, une expérience passée ou même ce qui n’est pas encore advenu. »

La commissaire Bat-Sheva Ida inscrit cette démarche dans un contexte plus large : « Nous vivons tous dans une forme de post-traumatisme collectif. Cette exposition tente de nous rapprocher de ce ressenti et de nous reconnecter à nos émotions. »

Parmi les œuvres marquantes figure Cracks in the Foundations, qui évoque la rupture et la nécessité de reconstruire après un choc. Un motif d’arbre traverse également l’exposition : peint entièrement en noir au sortir du deuil, il a donné naissance, des années plus tard, à Tree of Renewal en 2017 puis à A Mosaic of Life en 2025, symboles d’un lent processus de renaissance.

L’exposition alterne œuvres sombres et toiles aux couleurs vives, où se croisent mémoire, fragilité et transformation du regard avec le temps. Sans revendiquer une appartenance stylistique précise, Tamar Aluf reconnaît des influences impressionnistes.

Installée aujourd’hui à Alon Hagalil, dans la vallée de Jezreel, elle évoque la lumière et les paysages ouverts comme de nouvelles sources d’inspiration. Membre de OneFamily depuis plus de vingt ans, elle souligne le rôle décisif du programme Bonim Chalom dans son parcours récent : « Après le 7 octobre, j’étais figée. Ce cadre m’a permis de remettre mes rêves en mouvement et d’oser exposer. »

Parallèlement à son travail artistique, Tamar Aluf œuvre à l’insertion professionnelle au sein de l’association Shekulo Tov. Son parcours témoigne d’un chemin où la création devient un espace de reconstruction.

À travers Painting Longing, le manque n’apparaît pas comme une blessure figée, mais comme une présence vivante, transformée par le temps, la mémoire et la création.

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