La création d’une commission technocratique chargée d’administrer la bande de Gaza, sous l’égide d’un « Conseil de la paix » présidé par le président américain Donald Trump, s’inscrit dans la volonté affichée de Washington de donner corps à la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu et de proposer une alternative civile à la gouvernance du Hamas. L’initiative se veut pragmatique : assurer une gestion quotidienne minimale, maintenir les services essentiels et permettre l’acheminement de l’aide humanitaire dans un territoire ravagé par la guerre.
Mais très vite, la question centrale s’impose : que peut réellement faire cette commission dans un environnement aussi contraint ? Son mandat est strictement civil. Elle n’a ni compétence sécuritaire ni autorité sur le désarmement des organisations armées, un volet renvoyé à une hypothétique force internationale encore inexistante. Autrement dit, la commission est appelée à gérer les conséquences du conflit sans pouvoir en traiter les causes profondes.
À cette limite structurelle s’ajoute une contrainte territoriale majeure. Selon ses propres responsables, la commission n’exerce son autorité que sur environ la moitié de la bande de Gaza, en dehors des zones placées sous contrôle militaire israélien. Toute extension de ses prérogatives dépendrait d’un retrait progressif d’Israël, condition qui lie directement l’efficacité du dispositif à des décisions politiques et sécuritaires extérieures à la commission elle-même.
Sur le plan palestinien, l’initiative américaine n’efface pas les fractures existantes. Le Fatah voit dans la commission un possible levier pour reprendre la main sur Gaza à travers une administration civile détachée du Hamas. Ce dernier, tout en affichant sa disposition à se retirer officiellement de la gestion du territoire, entend préserver l’appareil administratif et sécuritaire qu’il a bâti depuis 2007. Le maintien de dizaines de milliers de fonctionnaires sous supervision technocratique poserait alors la question d’un pouvoir exercé en coulisses, plus que d’un véritable changement de gouvernance.
Israël, de son côté, accepte l’existence de la commission à la condition qu’elle reste cantonnée à un rôle technique et humanitaire. Les enjeux stratégiques - reconstruction à long terme, contrôle des flux, architecture sécuritaire - demeurent placés sous la supervision du Conseil de la paix conduit par Washington, selon des paramètres fixés par Jérusalem. Toute évolution concrète sur le terrain reste en outre conditionnée à des exigences sécuritaires lourdes, notamment le désarmement du Hamas et la résolution de dossiers sensibles comme la restitution de la dépouille du soldat israélien Ron Gvïli.