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Le Moyen-Orient suspendu à la décision américaine

Entre silence israélien, vigilance accrue à Téhéran et signaux calculés venus de Washington, le Moyen-Orient est entré dans une phase d’attente stratégique, tous les regards sont tournés vers les États-Unis, seuls capables de déclencher – ou de retarder – un nouveau basculement régional.

4 minutes
26 janvier 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Le Moyen-Orient suspendu à la décision américaine
Tous les yeux sont tournés vers Trump, flash90

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Selon plusieurs responsables politiques de haut rang, les récentes déclarations du président américain Donald Trump – soutien public aux manifestants iraniens et menaces à peine voilées d’une action militaire – ne relèvent pas de l’improvisation, mais d’un scénario mûrement réfléchi. À Washington, l’option militaire n’aurait jamais été écartée. Elle aurait simplement été ajustée au rythme des évolutions sur le terrain. L’essoufflement rapide du dernier cycle de manifestations en Iran, après plusieurs nuits de répression violente, a réduit l’urgence d’une intervention immédiate, sans pour autant remettre en cause l’intention stratégique. L’hypothèse d’une action militaire resterait d’actualité, déclenchée au moment jugé le plus opportun.

Selon ces sources, l’administration américaine pourrait chercher à synchroniser une opération militaire avec un éventuel regain de la contestation intérieure en Iran, notamment autour de Reza Pahlavi, fils du chah renversé lors de la révolution islamique de 1979, perçu à Washington comme un catalyseur symbolique plus que comme une alternative de pouvoir immédiate.

Dans ce contexte, la discrétion inhabituelle d’Israël tranche avec la rhétorique plus offensive du passé. Mais ce silence n’est ni un désengagement ni un signe de désintérêt. Il s’agit, selon les mêmes sources, d’un choix tactique assumé : laisser les États-Unis occuper le devant de la scène face à l’Iran. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serait pleinement informé des intentions américaines et en coordination étroite avec Trump. Israël se réserve toutefois le droit d’agir immédiatement en cas d’attaque iranienne directe, y compris par missiles balistiques. Dans un tel scénario, Tsahal interviendrait pour neutraliser les lanceurs et les capacités de production. Depuis l’opération « Am ke'lavi » menée en juin 2025, un nouveau cycle de confrontation avec l’Iran est déjà envisagé. Pour de nombreux responsables sécuritaires, la question n’est plus de savoir si un nouvel affrontement aura lieu, mais quand et selon quelles modalités.

Côté iranien, l’état d’alerte est élevé depuis plusieurs mois. Les dispositifs de sécurité ont été renforcés, dans le but d’empêcher la répétition d’éliminations ciblées de hauts responsables des Gardiens de la Révolution, comme lors de la précédente opération. Selon plusieurs évaluations occidentales, ce type de scénario figure toujours parmi les options envisagées par Washington. Pour autant, Trump ne chercherait pas une guerre d’usure prolongée, mais des frappes courtes, puissantes et ciblées. L’objectif : obtenir des résultats rapides, modifier l’équilibre des forces et favoriser, à terme, un changement de leadership à Téhéran, sans basculer dans une guerre régionale totale.

La vague de protestation actuelle est la plus large qu’ait connue l’Iran depuis 1979. Elle a traversé provinces et classes sociales, mais n’a pas réussi à fissurer le noyau dur du pouvoir. Les appareils sécuritaires sont restés fidèles au guide suprême Ali Khamenei, empêchant toute translation de la colère populaire vers une crise politique au sommet. L’Iran ne fonctionne pas comme un État classique. Son centre de gravité n’est ni le gouvernement ni le Parlement, mais le bureau du guide suprême, où se concentrent les décisions réelles. Khamenei ne se perçoit pas comme un dirigeant politique, mais comme un représentant divin, conformément à la doctrine chiite du velayat-e faqih, qui exclut par principe toute concession face à une contestation populaire. Les Gardiens de la Révolution et la milice du Bassidj ne constituent pas une armée conventionnelle, mais un appareil conçu pour protéger le régime contre sa propre population. Leur déploiement dans l’espace civil, le contrôle du territoire et le renseignement intérieur permettent d’isoler les foyers de contestation, d’empêcher l’émergence de leaderships locaux et de briser toute dynamique insurrectionnelle. À cela s’ajoute un verrouillage économique stratégique : la mainmise des Gardiens sur des secteurs clés de l’économie garantit la loyauté des élites. La survie du régime est directement liée à celle des centres de pouvoir et de richesse, neutralisant ainsi l’un des facteurs classiques d’effondrement des régimes autoritaires – la fracture interne au sommet. L’échec relatif de la contestation ne traduit donc pas une résignation populaire, mais la solidité structurelle du système. Tant que le bureau du guide suprême, l’establishment religieux et les Gardiens de la Révolution forment un bloc cohérent, la colère de la rue ne se transforme pas en crise politique majeure.

Selon plusieurs responsables sécuritaires, un changement réel ne pourrait émerger que d’une combinaison de frappes aériennes américaines d’ampleur contre les centres du pouvoir, associées à une mobilisation populaire massive sur le terrain. Pour l’heure, le régime tient et le Moyen-Orient reste suspendu à une décision venue de Washington.
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