Moyen-Orient

La Turquie prépare « le jour d’après » à Gaza avec le Hamas

Le gouvernement d’Erdogan a mené une série de discussions intensives avec des dirigeants du Hamas et de l’Autorité palestinienne afin d’aborder la reconstruction de la bande de Gaza après la guerre. Ce n’est qu’après un certain temps que l’objectif réel de la Turquie dans ces échanges est apparu clairement

4 minutes
8 février 2026

ParNathalie Sosna Ofir

La Turquie prépare « le jour d’après » à Gaza avec le Hamas
Pas un geste diplomatique mais une grave ingérence, photo: www.kremlin.ru

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Alors qu’Israël continue de s’opposer fermement à l’implication turque dans la gestion et la reconstruction de Gaza, et à la lumière de la déclaration du président américain Donald Trump annonçant son intention de fixer prochainement un délai pour le désarmement du Hamas, un processus diplomatique discret mais coordonné s’est dessiné ces dernières semaines, révélant une implication turque croissante dans la sphère palestinienne. Ce processus va à l’encontre de la position officielle israélienne, qui refuse toute légitimité politique au Hamas et tout rôle dans un futur arrangement.

Le premier volet de cette initiative a été révélé par des publications officielles d’Ankara. Les 25 et 26 janvier, des réunions ont eu lieu entre le ministre turc des Affaires étrangères et son adjoint, d’une part, et des responsables de la direction du Hamas, d’autre part, incluant le président du Conseil choura et des membres du bureau politique. Ces rencontres, relayées par le ministère turc des Affaires étrangères, ne sont pas considérées comme de simples événements diplomatiques, mais comme l’expression d’une politique volontaire d’Ankara envers le Hamas, même après les événements du 7 octobre et les combats à Gaza.

Peu de temps après, le 6 février, le consulat turc à Jérusalem a commencé à publier une série de réunions intenses avec des responsables de l’Autorité palestinienne, dont le vice-président, des cadres du Fatah et d’autres acteurs directement impliqués dans les discussions sur le « jour d’après » à Gaza. Selon le consulat et le ministère turc des Affaires étrangères, les échanges portaient sur la « réconciliation interne palestinienne », la « prochaine étape du processus politique » et des « arrangements politiques globaux ».

L’analyse de la succession de ces réunions et publications officielles montre que la Turquie cherche à promouvoir un scénario dans lequel le Hamas serait reconnu et pourrait s’intégrer à tout futur dispositif palestinien unifié, tant sur le plan politique qu’au sein des structures de gouvernance, y compris à Gaza.

Dans ce contexte, le consul général turc à Jérusalem agit comme un acteur diplomatique coordonné, exerçant une pression constante sur la direction de l’Autorité palestinienne pour accepter le Hamas comme partenaire légitime dans tout mécanisme palestinien unifié. Cette pression se manifeste par un discours sur « l’unité nationale », la « réconciliation palestinienne » et la « reconstruction de Gaza », des termes qui masquent la réalité : le Hamas demeure une organisation terroriste active, qui n’a jamais renoncé à ses méthodes violentes.

Ce processus s’inscrit dans une stratégie plus large. Ankara cherche à se positionner comme un acteur central de la scène palestinienne, dans une vision néo-ottomane qui considère Jérusalem comme un centre d’influence stratégique. En pratique, le consulat turc n’agit pas seulement comme une représentation consulaire, mais comme un instrument politique actif, créant un canal diplomatique parallèle à Israël depuis Jérusalem même.

Pour Israël, cette évolution est particulièrement préoccupante. Toute intégration du Hamas dans un futur arrangement pour Gaza ou l’Autorité palestinienne contredit la position officielle israélienne, qui refuse toute légitimité à l’organisation terroriste responsable de massacres, d’enlèvements et de tirs continus sur la population civile israélienne. Le fait que la Turquie mène ce processus depuis Jérusalem souligne l’ampleur de son implication et l’écart croissant entre les positions d’Ankara et les intérêts sécuritaires israéliens.

Parallèlement à cette dynamique politique, un volet sécuritaire inquiétant est apparu cette semaine. Des publications officielles de la police israélienne, incluant des images d’armes saisies par une cellule terroriste à Jérusalem, ont montré des armes à feu avec marquages et numéros d’identification. L’analyse des données publiques indique que ces armes proviennent de Turquie.

Cette découverte complète le tableau des activités turques et souligne la convergence des dimensions politiques et sécuritaires : alors que la Turquie exerce une pression politique pour intégrer le Hamas au mécanisme palestinien, des armes fabriquées en Turquie finissent sur des terrains de terrorisme à Jérusalem. Ces armes, telles que documentées, ne sont pas destinées au marché légal israélien et ont vraisemblablement été introduites de manière illégale.

Pour Ran Yeshay, ancien directeur général du ministère de Jérusalem et ancien ambassadeur au ministère des Affaires étrangères, « L’accumulation de données, tant politiques que sécuritaires, impose de réévaluer l’activité du consulat turc à Jérusalem et son rôle réel, non seulement comme représentation diplomatique, mais comme acteur politique actif façonnant la réalité sur le terrain, au détriment d’Israël ».

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