Société

Yom Hashoah et le public orthodoxe: l'appel inédit du Rav David Leibel

La relation du public orthodoxe à Yom Hashoah suscite chaque année une incompréhension au sein de la population israélienne.

3 minutes
13 avril 2026

ParGuitel Benishay

Yom Hashoah et le public orthodoxe: l'appel inédit du Rav David Leibel
Photo by Miriam Alster/Flash90

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A partir de ce soir (lundi) et demain, Israël commémorera le Jour du souvenir de la Shoah et de la bravoure, appelé communément Yom Hashoah.

Une cérémonie aura lieu au musée de Yad Vashem mais aussi dans d'autres lieux de mémoire à travers le pays et demain matin, à 10h, tout le pays s'immobilisera pour deux minutes de silence alors qu'une sirène retentira.

Au fil des années, le public orthodoxe, à quelques exceptions près, s'est toujours détaché de ce rendez-vous national. Il poursuit ses activités normalement et ne s'arrête pas au moment de la sirène.

Le Rav David Leibel, rabbin francophone, Rosh Yeshiva et fondateur en 2011 du réseau A’hvat Torah puis en 2013 de la société AvraTech qui promeut l'entrée des orthodoxes sur le marché du travail, a lancé cette année un appel inédit à la communauté orthodoxe à la veille de Yom Hashoah.

Conçue à l'origine autour de l'ethos sioniste de la résistance et de la bravoure, la journée s'est muée au fil des décennies en un moment de deuil universel, dépouillé de toute connotation idéologique. Cet glissement, estime le Rav Leibel, devrait lever les réticences de ceux qui s'en étaient tenus à l'écart pour des raisons de principe.

Le Rav Leibel reconnaît la gêne que ressent la société israélienne face au retrait haredi : « Yom HaShoah est l'un des sujets les plus sensibles dans nos relations avec le public laïc, qui a parfois le sentiment que nous nous désintéressons de la mémoire des disparus et qui peine à comprendre pourquoi. »

Il explique les raisons qui pousse le public orthodoxe à ne pas observer cette journée avec le reste du pays : « Il est difficile d'instituer des jours de deuil au mois de nissan, un mois où l'éloge funèbre et le jeûne sont interdits. C'est pourquoi le Grand Rabbinat avait refusé, avant même la création de l'État, la date du 27 nissan, lui préférant le 10 tevet. » Il ajoute : « La communauté orthodoxe a recours à des stratégies de conservatisme et de distinction pour résister à la sécularisation. L'instauration de journées commémoratives relève de l'autorité des sages de la Torah, et ceux-ci ont estimé qu'une telle initiative n'était pas nécessaire à notre époque. »

Mais pour le Rav Leibel, le moment est venu de penser autrement. L'intention originelle des fondateurs a été abandonnée, et la journée n'est plus une célébration de la résistance physique, mais un moment de douleur collective pour les six millions de victimes, explique-t-il. « Il n'est pas sage de s'accrocher à d'anciennes habitudes simplement parce qu'elles ont toujours existé, sans regarder ce qui se passe autour de nous », affirme-t-il. Et d'ajouter : « Après avoir solidement établi notre identité distincte, il ne convient peut-être plus qu'une grande partie du peuple soit plongée dans le deuil et le souvenir de millions de Juifs assassinés, tandis que nous donnons l'impression que cela ne nous concerne pas. »

Il propose de trouver des formes de participation compatibles avec la halakha et l'identité orthodoxe à travers la récitation de psaumes, par exemple, ou d'autres formes de recueillement afin d'exprimer une solidarité visible avec le reste du peuple juif. « L'essentiel, conclut-il, est que nous montrions que nous faisons partie de ce peuple, et que cette douleur nous appartient aussi. »

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