Plus de deux mois après le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le conflit s’inscrit dans une trêve fragile, tandis que ses conséquences se font déjà sentir bien au-delà du Moyen-Orient. La fermeture du détroit d’Ormuz et les dégâts sur les infrastructures énergétiques ont provoqué une hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires à l’échelle mondiale.
Aux Philippines, les prix du carburant ont plus que doublé. En Inde, la hausse du prix du gaz pousse certains travailleurs à quitter les grandes villes. Dans les pays du Golfe, fortement dépendants des importations alimentaires, les prix ont fortement augmenté. À cela s’ajoutent des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment pour les engrais, essentiels à la production agricole.
Dans ce contexte, un acteur attendu brille par son absence : les BRICS, qui regroupent le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Malgré les appels des dirigeants iraniens, dont le président Massoud Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, le groupe n’a pas adopté de position commune sur le conflit. L’Inde, qui assure actuellement la présidence du bloc, n’a pas pris d’initiative majeure et c’est finalement le Pakistan qui a joué un rôle de médiateur.
En l’absence de réponse collective, les grandes puissances du groupe ont agi de manière individuelle. L’Inde a ainsi obtenu un passage sécurisé pour certains de ses navires via des discussions directes avec l’Iran. De leur côté, la Chine et la Russie ont utilisé leur influence au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer une résolution soutenue par les États-Unis et les pays du Golfe. Une approche qui confirme une tendance de fond : les BRICS fonctionnent davantage comme un forum informel que comme une organisation structurée capable d’agir de manière coordonnée. Une absence de position commune qui n’est pas nouvelle. Le groupe avait déjà montré ses limites lors de crises précédentes, notamment l’annexion de la Crimée en 2014 ou l’invasion de l’Ukraine en 2022, où ses réactions étaient restées limitées. Chaque État privilégie sa propre stratégie, ce qui limite toute action collective.