Un évènement qui a eu lieu dans un petit village du sud de l’Espagne met en perspective l’urgence de renforcer la lutte contre l’antisémitisme et sa forme moderne qu’est l’antisionisme, notamment au plan de la législation.
Un évènement qui aurait pu rester inaperçu si un touriste israélien n’y avait pas assisté éberlué et totalement choqué de ce qu’il a vu et entendu.
De quoi s’agit-il ? D’abord le lieu : El Burgo, une petite commune d’Andalousie dans la province de Malaga. Comme chaque année, dimanche dernier on y fête le dimanche de la Résurrection, ou dimanche de Pâques, qui est la fête la plus importante du christianisme, célébrant la victoire de Jésus-Christ sur la mort après sa crucifixion. Fixée selon le calendrier trois jours après le vendredi Saint, elle marque la fin de la Semaine sainte et symbolise, par la résurrection, l'entrée dans une nouvelle ère pour les croyants.
Les chrétiens du monde entier se rassemblent pour une messe ou un culte de la résurrection, entonnant des chants de louange et d'allégresse (notre Alléluia qu’ils nous ont emprunté soit dit au passage) et dans chaque pays, chaque ville, chaque communauté, chaque paroisse, des traditions de fêtes différents se sont développées localement, généralement autour de pieuses processions qui se terminent par une kermesse et des réjouissances populaires.
A El Burgo, la tradition s’appelle « Quema de Juda » littéralement le brûlage, l’incinération de Juda.
C’est un rituel ancien consistant à brûler une figure symbolisant le mal, une pratique utilisée pour désigner aux fidèles réunis pour l’occasion l’incarnation du mal et de la culpabilité.
Alors dimanche dernier, à El Burgo, c’est l’effigie de… « Benyamin Netanyahou le génocidaire », je cite bien évidemment les organisateurs de cette sordide mascarade, remplie de plusieurs kilos d’explosif que l’on a fait sauter et brûler devant une foule en liesse qui hurlait et scandait une haine antisémite et antisioniste d’un autre âge.
Plus grave encore, pas une condamnation, pas un regret, pas une réserve ou une excuse n’ont été formulés. Ni des autorités religieuses, ni de la municipalité complice dans l’organisation de ce forfait, ni des autorités politiques espagnoles qui, sous la houlette du premier ministre Pedro Sanchez, s’illustrent chaque semaine dans leur violence anti-israélienne.
Cet évènement est évidemment très grave.
Il illustre et symbolise avec éclat la funeste synthèse entre l’antijudaïsme chrétien nourri du dogme selon lequel le peuple juif était collectivement responsable de la mort de Jésus, une idée qui a nourri l'antisémitisme pendant des siècles, avec l’antisionisme moderne qui érige l’Etat juif au rang de paria, désormais alimenté par l’accusation du prétendu génocide des Palestiniens.
Cet évènement a lieu en 2026, au sein de l’Union européenne, en Espagne, dirigée par une coalition de gauche, socialiste, sensée être éclairée et progressiste pour tourner le dos aux pratiques ténébreuses et moyenâgeuses d’un clergé rétrograde et obscurantiste.
Mais quand il s’agit d’Israël et du peuple juif, la haine déborde les divisions et les convictions et fait fi de toute logique.
Car elle est le résultat d’une campagne savamment orchestrée visant à condamner Israël systématiquement en nous rendant coupables de tous les maux, traquant la moindre action d’Israël pour le pourfendre exactement comme hier Torquemada et son inquisition pourchassait les juifs pour les conduire au bûcher, les brûler vifs comme on a brûlé dans l’allégresse la semaine dernière la figure de Benyamin Netanyahou.
A l’heure on l’on débat au parlement français de la proposition de loi de la députée Caroline Yadan, destinée à renforcer la lutte contre les formes renouvelées de l’antisémitisme, je veux espérer que cette mise en scène macabre d'El Burgo inspirera le législateur français à voter ce texte car il y a plus que jamais péril en la demeure.
Si ce texte n’est pas adopté et rapidement appliqué, il est à craindre que ce ne seront pas des effigies que l’on mènera demain sur les bûchers improvisés par la haine populaire qui ne cesse de se développer.
Daniel Saada était ambassadeur d'Israël en France