Après des années d'errance et de refus administratifs répétés, un couple hors du commun vient d'obtenir gain de cause devant les tribunaux. Le tribunal de district de Jérusalem a ordonné ce mardi au ministère de l'Intérieur d'accorder un statut de résidence temporaire à une femme d'origine syrienne, convertie au judaïsme et mariée à un ancien soldat de Tsahal reconnu invalide à vie. Une décision que le juge Nimrod Flax a justifiée sans détour : le refus répété des autorités était, selon lui, « extrêmement déraisonnable ».
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Leur histoire, improbable, est digne d'un film. Yair, vétéran israélien grièvement blessé durant son service militaire, part en Europe après sa démobilisation. Nur, Syrienne d'origine alaouite, a fui la guerre civile pour étudier à l'étranger. Ils se rencontrent via une application de rencontres. L'attirance est immédiate, la relation sérieuse. Quatre mois plus tard, ils se marient.
Désireuse de comprendre l'univers de son mari, Nur apprend l'hébreu, s'intéresse à la culture juive, puis entame une démarche de conversion. « Je voulais que ma religion officielle reflète mes convictions, et que nos enfants grandissent dans la religion que j'avais choisie », explique-t-elle. En 2021, elle se convertit au judaïsme au sein d'une synagogue réformée — une conversion reconnue en Israël au titre de la Loi du retour.
Sauf que la Loi du retour ne suffit pas à ouvrir les portes du ministère de l'Intérieur.
Un mur administratif
Depuis fin 2022, le couple se bat pour obtenir un statut légal permettant à Nur de vivre en Israël. La loi sur la citoyenneté restreint drastiquement l'accès au territoire pour les ressortissants d'États considérés comme ennemis — dont la Syrie. Le ministère de l'Intérieur a opposé refus sur refus, arguant que le mariage seul ne constituait pas un « motif humanitaire particulier » au sens de la loi, et que le couple ne disposait d'« aucun droit acquis de mener une vie familiale spécifiquement en Israël ».
Le raisonnement des autorités a cependant évolué de façon contradictoire au fil des années, comme le souligne l'avocate du couple, Adi Lustigman : « Dans la première décision, on leur reprochait de ne pas avoir passé assez de temps ensemble — Yair étant retenu en Israël pour des soins médicaux pendant le Covid. Dans la seconde, on lui reprochait d'avoir trop voyagé à l'étranger, ignorant que c'est précisément parce que l'État l'empêchait de vivre avec sa femme en Israël qu'il en était réduit à cette situation. »
Pendant ce temps, le couple vivait en nomade, de visa touristique en visa touristique, sans droit au travail, sans couverture sociale, sans pouvoir signer un bail ou faire le moindre projet à long terme. En juillet 2025, le Shin Bet lui-même a certifié qu'il n'existait aucun obstacle sécuritaire à la présence de Nur en Israël. Le ministère a néanmoins rejeté la demande un mois plus tard.
La justice tranche
C'est cette accumulation que le juge Flax n'a pas acceptée. Dans son jugement, il pointe l'erreur de méthode fondamentale du ministère : avoir examiné chaque élément du dossier isolément, en lui accordant un poids minimal, plutôt que d'en mesurer le « poids cumulatif ». L'état de santé physique et psychologique de Yair — invalide à 38 %, nécessitant un suivi médical et psychologique continu — la rupture définitive de Nur avec la Syrie, son impossibilité d'y retourner en sécurité, et l'absence de tout autre pays pouvant accueillir le couple : autant de réalités que les autorités ont, selon le juge, choisies d'ignorer.
Le tribunal a accordé à Nur un titre de séjour temporaire d'un an, renouvelable, et condamne le ministère à verser 15 000 shekels au couple au titre des frais de justice.
Trop bouleversés pour s'exprimer publiquement après l'audience, Yair et Nur ont laissé leur avocate parler à leur place. « Leurs douloureuses années d'errance sont enfin terminées », a déclaré Lustigman. « Ce jugement reflète ce que le comité humanitaire n'a cessé de ne pas voir : la situation humaine de ceux qui s'adressent à lui, et l'impact profond de ses décisions sur leur vie. »
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