Un audit de la Cour fédérale des comptes allemande révèle que le ministère allemand des Affaires étrangères a, pendant plusieurs années, soutenu financièrement une organisation humanitaire soupçonnée de liens avec le Hamas et les Frères musulmans, sans disposer d’un contrôle suffisant sur l’utilisation réelle des fonds.
Selon ce rapport, resté confidentiel pendant plusieurs années avant sa récente publication, les autorités allemandes auraient financé jusqu’en 2019 l’ONG Islamic Relief Germany sans garanties claires sur la traçabilité des sommes versées. L’enquête avait été réclamée depuis cinq ans par l’Institut pour le droit laïque (IFW), qui a fini par obtenir l’accès au document à la suite d’une procédure judiciaire.
Islamic Relief Germany (IRD), branche allemande de l’organisation Islamic Relief Worldwide, était jusqu’alors considérée en Allemagne comme une ONG humanitaire reconnue. Elle avait bénéficié de financements publics conséquents sous plusieurs gouvernements successifs, notamment sous les mandats d’Angela Merkel, et était intégrée à des réseaux d’aide humanitaire nationaux. Elle avait également reçu un soutien politique et institutionnel dans le cadre de diverses campagnes caritatives.
Toutefois, les autorités allemandes ont mis fin au financement en 2019 et suspendu l’année suivante la participation de l’organisation à une coalition d’aide nationale, après avoir évoqué des « liens significatifs » avec des structures associées aux Frères musulmans. Le gouvernement avait également reconnu que certaines de ces organisations étaient déjà interdites dans d’autres pays, dont Israël, où elles sont considérées comme proches du Hamas.
L’une des conclusions du rapport indique que le ministère aurait financé l’organisation « en grande partie à l’aveugle », sans vérification systématique de l’usage des fonds publics. Dans certains cas, les circuits financiers auraient impliqué des transferts vers des entités partenaires à l’étranger, sans traçabilité complète.
Des éléments évoqués dans le document mentionnent également des transferts de fonds en espèces vers la Turquie, une pratique que les auteurs de l’audit jugent problématique en matière de contrôle financier, même si aucune preuve directe n’établit que les sommes aient été utilisées pour des activités terroristes.
L’audit conclut par ailleurs que les recommandations des services de sécurité allemands auraient dû conduire à une suspension plus précoce des financements, en raison de préoccupations liées à l’environnement idéologique de certaines structures partenaires.
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