Sécurité

Après des années d'abandon face à la mafia, l'État propose un bouclier économique aux victimes d'extorsion

Le ministre Smotrich reconnaît l'échec des forces de l'ordre et annonce une solution économique inédite.

3 minutes
26 mai 2026

ParGuitel Benishay

Après des années d'abandon face à la mafia, l'État propose un bouclier économique aux victimes d'extorsion
Autobus brûlé par la mafia à Rosh Pina car le propriétaire de la société a refusé de payer les ''frais de protection''. Photo by Ayal Margolin/Flash90

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Depuis des années, des centaines d'agriculteurs et de chefs d'entreprise israéliens se trouvent pris en étau entre deux menaces : céder aux exigences des organisations criminelles qui leur réclament des "dmai shmira", des sommes d'argent versées en échange d'une "protection" ou subir leurs représailles.

"À ce dilemme s'ajoute un piège redoutable. Dès qu'un commerçant reçoit une demande d'extorsion, il devient aux yeux des assureurs une 'cible à haut risque' et ceux-ci n'hésitent pas à résilier sa police, parfois après des années de cotisations, le laissant sans aucune protection économique. Pire encore : s'il porte plainte auprès de la police pour signaler les menaces, il documente officiellement qu'il est dans le viseur de la mafia ce qui donne aux assureurs un prétexte supplémentaire pour refuser tout remboursement.

Se taire et payer, ou parler et perdre son assurance : dans les deux cas, le commerçant est perdant.

Face à ce cercle vicieux, le ministère des Finances conduit actuellement un travail de fond visant à créer un mécanisme d'assurance complémentaire d'État, sur le modèle du fonds d'indemnisation agricole pour les catastrophes naturelles. L'objectif est double : offrir une garantie économique aux victimes d'extorsion et assécher les sources de financement des organisations criminelles en réduisant leur emprise sur le tissu économique local.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich déclare dans le Yedioth Ahronoth : "Il est inconcevable qu'Israël abandonne ses citoyens, ses agriculteurs dévoués et ses entrepreneurs qui travaillent dur, sous la botte des organisations criminelles." Il va plus loin en reconnaissant explicitement que "malgré les budgets colossaux alloués aux forces de l'ordre et à la justice, les résultats sur le terrain témoignent d'un échec honteux".

Le ministre poursuit: "Le ministère des Finances va combler le vide laissé par les systèmes d'application de la loi. Si le système public ne parvient pas à assurer la sécurité personnelle, nous fournirons les outils économiques pour étrangler les organisations criminelles. Notre objectif est de briser leur pouvoir financier et de rendre la tranquillité et la sécurité au secteur agricole et commercial."

Yariv Ben Ami, président du collectif Ad Kan regroupant commerçants et agriculteurs de Haute-Galilée, et directeur général de la société agricole Hadasim, vit sous la menace depuis des années. Il salue l'initiative gouvernementale tout en rappelant à l'urgence : "C'est une avancée très significative pour laquelle nous nous battons depuis des années. Ce mécanisme brisera l'équation économique qui nourrit le racket, car actuellement, ce sont les racketteurs eux-mêmes qui 'assurent' les entreprises et cet argent facile leur permet de grossir et de se transformer en monstres terroristes." Mais il insiste : "Il y a des entreprises dont le sablier est déjà retourné. Les promesses sur papier n'empêcheront pas le prochain incendie criminel d'un entrepôt agricole. Il ne faut pas traîner."

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