Lors de la réunion du cabinet restreint qui doit se tenir ce matin (lundi), le ministre des Finances Bezalel Smotrich compte exposer une proposition destinée à renverser la logique stratégique qui prévaut contre l'Iran et le Hezbollah.
Si l'Iran attaque Israël en réaction à l'action de Tsahal contre les cibles terroristes du Hezbollah au Liban, alors Israël doit renverser l'équation et répondre en bombardant le quartier de la Dahieh à Beyrouth et non en bombardant l'Iran.
A chaque missile iranien tiré vers Israël, Smotrich propose de détruire des dizaines d'immeubles dans le fief du Hezbollah.
La doctrine exposée par Smotrich présente selon lui trois avantages décisifs sur des frappes directes en Iran : la proximité géographique, la facilité d'exécution et l'impact immédiat sur les acteurs du terrain. En pressant le Hezbollah jusqu'à le pousser à supplier Téhéran de cesser ses tirs, Israël obtiendrait un résultat stratégique tangible sans engager ses capacités les plus précieuses contre l'Iran lui-même.
Smotrich formule également un calcul diplomatique : une pression militaire suffisante sur le Hezbollah pourrait inciter l'Iran, qui ne lâche rien depuis six semaines dans les négociations avec Washington, à assouplir sa ligne face aux Américains.
Quant aux armements et aux capacités accumulées contre l'Iran, le ministre préconise de les conserver pour une frappe ultérieure, ciblée exclusivement sur les infrastructures énergétiques iraniennes,raffineries, gazoducs, centrales, susceptibles de paralyser l'économie du régime. Il juge contre-productif de les « gaspiller » dans des échanges de coups symétriques.
Toujours au sein de la coalition, le député Amit Halevy, membre de la commission Affaires étrangères et Sécurité de la Knesset, propose une autre approche, elle aussi différente de ce qu'Israël met en oeuvre aujourd'hui.
Dans une lettre adressée au Premier ministre Netanyahou, le député commence par saluer ce qu'il décrit comme « la résistance ferme du Premier ministre face aux diktats iraniens et aux pressions internationales, telle qu'elle s'est manifestée tout au long de la guerre ».
Halevi plaide cependant pour une révision complète des objectifs de frappe sur l'Iran. Il explique que les opérations précédentes ont trop ciblé les équipements militaires comme les armements, missiles et drones, qui se reconstituent rapidement, au détriment des infrastructures qui, elles, prennent des années à reconstruire. « Nous devons tirer les leçons des rounds précédents et modifier nos cibles en Iran. Les frappes doivent viser prioritairement les infrastructures, et non les arsenaux qui repoussent sur ces infrastructures », écrit-il.
Halevi dresse une liste précise de cibles à frapper en Iran : ports commerciaux, raffineries, oléoducs, sites industriels, mais aussi ministères, médias d'État et institutions religieuses qui « prêchent la destruction d'Israël ».
Sur le front libanais, Halevi appelle à la même logique de ciblage des infrastructures. Il estime que se contenter de frapper les lance-roquettes et les dépôts d'armes du Hezbollah est insuffisant : il faut s'en prendre à ce qui fait vivre l'organisation. Dans sa lettre, il cible explicitement les banques liées au Hezbollah, les sociétés de construction et d'immobilier que le mouvement contrôle, les industries civiles, les champs de production de stupéfiants qui constituent une source de financement majeure selon les services de renseignement occidentaux ainsi que les institutions religieuses, éducatives et sanitaires de l'organisation.