Les négociations ont failli capoter hier (dimanche) après les frappes israéliennes sur le quartier de Dahiyeh à Beyrouth en réponse à une attaque du Hezbollah sur le territoire israélien. Selon le New York Times, l'Iran avait planifié une riposte militaire, avant que Donald Trump n'intervienne personnellement via des intermédiaires pour exhorter Téhéran à la retenue. C'est finalement la délégation qatarie qui a conduit la dernière ligne droite des pourparlers, permettant de finaliser le texte du mémorandum, en y intégrant des concessions supplémentaires accordées à l'Iran en échange de l'abandon de ses projets d'attaque contre Israël.
L'annonce officielle est intervenue peu après minuit. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a été le premier à confirmer la conclusion d'un « accord de paix », précisant que la cérémonie de signature officielle se tiendrait le vendredi 19 juin en Suisse. Donald Trump a suivi quelques minutes plus tard sur Truth Social.
« L'accord avec la République islamique d'Iran est conclu. Les navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Laissez le pétrole couler ! », a tweeté le Président américain en affirmant que le détroit d'Ormuz allait être rouvert immédiatement. Trump a toutefois tempéré ses propres déclarations en précisant, moins d'une heure plus tard, que l'ouverture du détroit n'interviendrait qu'après la signature vendredi, afin de procéder au déminage.
Le vice-président J.D. Vance, interviewé sur Fox News, a salué « un grand moment pour les États-Unis », citant trois acquis : l'ouverture immédiate du détroit d'Ormuz, la garantie que l'Iran ne possédera jamais d'arme nucléaire, et la perspective d'une baisse des prix de l'énergie pour les Américains.
Dans le même temps, le Président américain s'en est pris vertement au Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou dans des déclarations au Wall Street Journal et au New York Times, estimant que les frappes sur Dahiyeh avaient « failli torpiller l'accord final », décrivant Netanyahou comme quelqu'un de « dur ». Il a néanmoins affirmé que le Premier ministre israélien soutenait l'accord qui doit être signé puisque, selon ses propos, il prive l'Iran de l'arme atomique. Du côté israélien, aucune réaction officielle n'a encore été publiée.
Du côté iranien, le ton était à la fois triomphaliste. La télévision d'État a présenté l'accord comme une victoire de la « puissance militaire » iranienne. Le vice-ministre des Affaires étrangères a précisé que le mémorandum « ne signifie pas une confiance envers l'ennemi » et que les obligations iraniennes ne prendraient effet qu'après la signature officielle de vendredi. L'agence Fars a par ailleurs indiqué que la navigation dans le golfe Persique serait « régulée par l'Iran en coordination avec Oman », ce qui jette un doute sur la formulation de Trump évoquant une ouverture « sans droits de passage ».
Les 14 clauses du texte publié par l'agence iranienne Mehr non confirmées à ce stade par Washington
1 Cessez-le-feu permanent et immédiat sur tous les fronts, y compris au Liban.
2 Engagement des États-Unis à ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures de l'Iran et à respecter la souveraineté de la République islamique.
3 Levée totale du blocus maritime dans un délai de 30 jours.
4 Engagement américain au retrait de ses forces des zones proches de l'Iran.
5 Réouverture du détroit d'Ormuz dans un délai de 30 jours, selon les modalités iraniennes.
6 Suspension des sanctions sur les ventes de pétrole, de pétrochimie et leurs dérivés ; accès plein et entier de l'Iran à ses ressources financières.