Israël

Enfants yéménites disparus : encore une commission enterrée sans réponses

La commission chargée d'examiner le rôle du corps médical a été dissoute sans conclusions ni annonce publique.

6 minutes
21 juin 2026

ParGuitel Benishay

Enfants yéménites disparus : encore une commission enterrée sans réponses
Photo by Yonatan Sindel/Flash90

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L'affaire des enfants yéménites est une tache dans l'histoire de la création du pays. Au début de l'Etat, des bébés yéménites ont été enlevés à leurs parents, à la naissance ou peu de temps après pour les faire adopter en Israël ou à l'étranger. Aux parents, fraichement immigrés du Yémen, on disait que leur bébé était mort. Des immigrés d'Afrique du Nord, des Balkans et d'autres pays du Moyen-Orient ont subi le même sort.

La commission d'examen gouvernementale sur l'implication de la communauté médicale dans l'affaire des enfants yéménites avait été créée en mai 2023 par le ministre de la Santé de l'époque, Moshe Arbel, dans le but d'enquêter officiellement sur la responsabilité du système de santé dans la disparition de ces nourrissons durant les premières années de l'État d'Israël. Elle était présidée par l'ancienne Shulamit Dotan, entourée des professeurs Shlomo Mor-Yosef et Yaakov Margalit.

Cette initiative avait vu le jour en réponse à une vive contestation publique suscitée par la mise sous scellés d'un projet de rapport interne rédigé en 2021 par le professeur Itamar Grotto et la docteure Shlomit Avni. Ce document établissait pour la première fois, de façon inédite, l'implication active du système de santé dans des pratiques à caractère raciste. Sa mise sous scellés avait provoqué une onde de choc dans le pays, révélant des témoignages accablants sur des expérimentations médicales et des autopsies pratiquées sur des enfants sans le consentement de leurs parents, ainsi qu'une pratique systématique de séparation de nourrissons en bonne santé dans les camps de transit destinés à l'adoption, accompagnée de fausses notifications de décès transmises aux familles biologiques. Les auteurs du rapport avaient même recommandé au ministère de la Santé de présenter des excuses officielles et historiques aux familles concernées.

C'est précisément la mise sous scellés de ce document qui avait conduit à la création de l'actuelle commission d'examen. Mais celle-ci a, à son tour, cessé toute activité après quelques réunions seulement, sans qu'aucune annonce publique n'en informe les familles concernées, et sans avoir formulé la moindre conclusion ni recommandation.

Le directeur général de l'association Amram, qui œuvre pour la reconnaissance officielle de l'affaire par l'État, Tom Mehager, a déclaré : « Avant la création de la commission, nous avions rencontré des responsables du parti Shas, qui nous avaient assuré qu'il s'agirait d'une commission sérieuse. Or il s'avère qu'elle a été dissoute sans avoir accompli quoi que ce soit de significatif : l'étouffement de l'affaire est désormais complet. »

Le député Yoni Mashriki, président de la commission de la Santé de la Knesset, qui avait suivi ce dossier, a indiqué que la commission n'avait pas formellement été dissoute et qu'il continuerait de suivre ses travaux ainsi que la publication de ses résultats.

Interrogé par Ynet et Yedioth Ahronoth, le professeur Itamar Grotto, auteur du rapport initial mis sous scellés, a vivement critiqué la gestion du dossier par le ministère de la Santé : « Il est clair que l'on cherche à balayer cette question sous le tapis, ce qui est sans doute plus confortable pour tout le monde. Personne n'a le courage d'enquêter véritablement sur ce sujet et d'aller jusqu'à la racine du problème. Aujourd'hui encore, je maintiens pleinement le rapport que nous avons rédigé. Nous avions l'opportunité de présenter les faits aux familles, d'organiser un débat sur le sujet et de tirer les leçons des erreurs passées pour l'application des politiques actuelles. »

Selon lui, malgré les changements successifs de ministres et de directeurs généraux, la gestion du dossier reste marquée par l'opacité et le secret : « Les choses se déroulent dans l'ombre, moi-même je ne sais pas ce qu'a fait, ni comment, la commission qui avait été créée. Le problème central, c'est qu'au final, le système de santé a eu un comportement raciste envers les nouveaux immigrants ; on aurait pu agir autrement. Certains diront que c'était l'esprit de l'époque. Les gens n'ont pas envie de se confronter à cette vérité. Le racisme n'est pas quelque chose qui a disparu du monde, et continuer à le balayer sous le tapis est précisément l'erreur à ne pas commettre. »

Au-delà de la fermeture de la commission, l'Institut de médecine légale n'a pas non plus achevé l'analyse de quatre des cinq tombes qui avaient été ouvertes dans le cadre de cette enquête. « Nous étions en plein milieu des procédures d'exhumation lorsque la guerre a éclaté, une guerre particulièrement meurtrière.

Photo by Tomer Neuberg/Flash90

Dans la première tombe, une correspondance génétique a été établie ; pour les quatre autres, nous n'avons reçu aucune réponse, et dix tombes supplémentaires, dont l'ouverture a été autorisée par le tribunal, attendent toujours que les familles puissent y accéder », a expliqué Maître Rami Tzuberi, qui accompagne les familles dans leurs démarches. Il a précisé que l'Institut de médecine légale avait été particulièrement surchargé après le 7 octobre 2023 : « Nous savions qu'ils faisaient face à une charge de travail et à des situations difficiles et complexes, c'est pourquoi nous n'avons pas exercé de pression. » Il a néanmoins exprimé l'espoir que les travaux entamés il y a quatre ans reprennent prochainement.

Le ministère de la Santé a déclaré suite à l'arrêt des travaux de la commission : « Compte tenu de la grande sensibilité et de l'importance publique de l'examen de l'affaire des enfants yéménites, ainsi que des questions et accusations soulevées au fil des années, le ministre de la Santé en exercice à l'époque a nommé une commission professionnelle chargée d'examiner la question et de présenter ses conclusions. La commission s'est réunie à plusieurs reprises, a examiné les documents et matériaux publiés au fil des années, et a évalué les possibilités d'un nouvel examen approfondi du sujet. Après examen, la commission a estimé qu'elle ne disposait pas des outils appropriés pour mener une recherche historique exhaustive sur ce sujet, dont la faisabilité à l'heure actuelle est elle-même incertaine, et qu'elle n'était pas en mesure d'apporter d'éléments nouveaux par rapport aux conclusions des recherches officielles précédentes, y compris les différentes commissions d'enquête qui ont approfondi cette question par le passé. »

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