Aaron Goldenberg, 21 ans, fait partie des trop nombreux soldats blessés ces derniers mois au Liban. Ce terrible jour de la fin mars dernier, le tankiste franco-israélien opérait dans le sud du pays. Alertés par le bruit d’une explosion, son commandant et lui étaient sorti de leur blindé pour vérifier que des militaires postés un plus loin, et avec lesquels le contact avait été perdu, allaient bien. Le reste s’est joué en quelques secondes : à peine le jeune homme avait-il fait quelques pas qu’il a été touché par un drone tiré par le Hezbollah.
« Je n’ai pas perdu connaissance, je me souviens de tout : le moment où j’ai été projeté au sol et où j’ai vu ma cuisse se vider de son sang. J’ai tout de suite essayé de faire un garrot, mais sans succès. C’est un autre soldat accouru sur les lieux qui me l’a fait », raconte Aaron. Impossible d’ignorer la gravité de ce qui venait de lui arriver, alors que sa jambe, arrachée par l'explosion, gisait à quelques mètres de lui. Les secours sont ensuite arrivés pour le transporter à l’hôpital Rambam de Haïfa, direction le bloc opératoire. Ce n’est qu’à ce moment qu’Aaron a perdu le fil…
Le Franco-Israélien a passé un mois et demi dans cet établissement hospitalier qui accueille chaque semaine de nouveaux soldats blessés sur le front libanais, certains de la même unité que lui. Si son sens de l’humour et son courage ont rapidement fait de lui le « chouchou » de l’équipe soignante du service de chirurgie plastique où il se trouvait, ses sourires peinaient à masquer sa peur et sa détresse, sans compter la douleur physique.
« Je suis passé par des moments très difficiles, surtout au début. Je souffrais énormément – les fameuses douleurs du membre fantôme – et je me demandais aussi ce que j’allais devenir avec une seule jambe. Il y avait des moments de vrai désespoir », se souvient-il. Pour autant, il n’a jamais douté, même une seconde, du bien-fondé de sa mission au Liban ; et depuis son lit d’hôpital, il a envoyé plusieurs messages à ses camarades encore au front pour les soutenir, leur disant « de continuer jusqu’au bout ».
Soldat isolé (« 'hayal boded ») en raison d’une histoire familiale compliquée, Aaron Goldenberg a pu compter sur ses nombreux amis pour l’entourer. Sa petite amie de longue date était aussi constamment à ses côtés. « Elle a évidemment été extrêmement secouée par ce qui m’est arrivé. Mais nous tâchons d’affronter cela ensemble le mieux possible », confie-t-il.
Le jeune homme vient de franchir une nouvelle étape dans le long parcours de réhabilitation qui l’attend, puisqu’il a récemment été transféré à Tel HaShomer. S’il a entamé sa rééducation au centre hospitalier Rambam, c’est bien à l’hôpital Sheba – à la pointe mondiale dans ce domaine – que les choses sérieuses ont véritablement commencé.
Il décrit des journées intensives et n’a pas de mots assez forts pour décrire le dévouement des équipes médicales et son sentiment de reconnaissance envers elles : « Ce n’est pas facile, la rééducation est souvent éprouvante et les journées sont longues. La prise en charge est autant physique que psychologique : j’alterne entre les exercices sur machines, l’hydrothérapie, les séances de psychothérapie, l’orthophonie, etc. On s’occupe de nous de façon extraordinaire. »
Aaron Goldenberg veut aujourd’hui regarder vers l’avenir : celui qu’il imagine auprès de sa petite amie, tout en exerçant le métier d’avocat ou de journaliste. Sur le plan physique, il aspire à mener la vie la plus normale possible, et il ne manque pas de modèle de soldats réhabilités autour de lui pour faire le plein d’inspiration et d’espoir. En dépit de son amputation, le jeune franco-israélien affirme « ne s’être jamais senti aussi fort dans son corps et dans sa tête ».