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Accord cadre Israël-Liban: bon ou mauvais pour Israël?

IsraJ a synthétisé pour vous les analyses de trois éditorialistes israéliens reconnus.

7 minutes
28 juin 2026

ParGuitel Benishay

Accord cadre Israël-Liban: bon ou mauvais pour Israël?
Ronen Bergman (Photo by Miriam Alster/Flash90), Ariel Kahana (Photo by Yonatan Sindel/Flash90), Tsvi Yehezkeli (Photo by Yonatan Sindel/Flash90)

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L'accord-cadre signé vendredi entre Israël et le Liban sous l'égide de Marco Rubio divise les commentateurs israéliens. Tsvi Yehezkeli, Ariel Kahana et Ronen Bergman livrent trois lectures complémentaires d'un texte dont tous soulignent, chacun à sa manière, les limites autant que les mérites.

Tsvi Yehezkeli appelle à la méfiance

Spécialiste de l'islam politique et du monde arabe, Tsvi Yehezkeli est l'une des voix les plus écoutées en Israël sur les questions de radicalisation et de stratégie régionale.

Pour Tsvi Yehezkeli, la lecture de cet accord ne peut se faire sans un détour par l'histoire des traités dans le monde musulman. Il rappelle que depuis les origines de l'islam, les accords ont été utilisés comme instruments de la partie faible pour gagner du temps jusqu'à ce qu'elle retrouve suffisamment de force pour s'en affranchir. Le traité de Hudaybiyya, conclu par le prophète Mahomet avec les Qurayshites avant d'être rompu dès que le rapport de force s'inversa, reste pour lui la matrice de tous les accords à venir dans cette région. Oslo, les cessez-le-feu successifs avec le Hamas, les arrangements avec le Hezbollah : tous illustrent selon lui ce même schéma.

Dans ce cadre, l'accord actuel s'explique d'abord par la contrainte : la pression exercée par Donald Trump limite la liberté d'action d'Israël au sud du Liban. « Si nos mains avaient été libres, nous n'aurions pas conclu un tel accord », dit-il sans détour. Il y voit également le reflet d'une faiblesse structurelle imposée par l'accord américano-iranien en cours de négociation, qui prive Israël d'une partie de ses leviers.

Yehezkeli reconnaît néanmoins une vertu tactique à l'accord : en posant le désarmement du Hezbollah comme condition préalable au retrait israélien, il place l'organisation chiite dans un étau politique. Le Hezbollah se retrouve coincé entre les exigences de Beyrouth à savoir un gouvernement libanais qui aspire à exister en dehors de la tutelle du mouvement terroriste et la pression de la communauté internationale. « Israël tient les territoires et brandit cet accord au-dessus de la tête du Hezbollah », résume-t-il.

Son pronostic reste cependant lucide : le Hezbollah cherchera à saboter le dispositif par des incidents frontaliers, comme on a déjà commencé à le voir. « Quand il y a un accord, on ouvre les yeux en grand », conclut-il, appelant à une vigilance redoublée plutôt qu'à un quelconque optimisme.

Ariel Kahana : un succès de la diplomatie israélienne entre deux tendances de la diplomatie américaine

Correspondant diplomatique et spécialiste des affaires étrangères pour le quotidien Israel Hayom, Ariel Kahana est un observateur reconnu des relations israélo-américaines et de la politique régionale.

Là où Yehezkeli insiste sur les risques, Ariel Kahana perçoit avant tout une habile manœuvre diplomatique israélienne au sein même des divisions de l'administration Trump.

Son analyse part d'un constat : il existe aujourd'hui deux lignes contradictoires à Washington. D'un côté, Marco Rubio, secrétaire d'État, sous l'égide duquel cet accord a été signé ; de l'autre, le vice-président JD Vance, qui œuvre à un « grand accord » avec l'Iran dans lequel Israël aurait été contraint de se retirer du Liban. Kahana note que Jérusalem a su se rapprocher de Rubio ces dernières semaines, et que le secrétaire d'État, sans prendre publiquement position contre la démarche de Vance, n'en a pas caché ses réserves. « Israël a navigué avec subtilité entre ces forces antagonistes pour faire avancer ses intérêts », écrit-il.

La clé de voûte de cet accord repose selon lui sur deux postulats. Le premier : Vance ne parviendra pas à conclure son grand accord avec Téhéran et si ce scénario ne se réalise pas, la pression sur Israël de se retirer du Liban disparaît avec lui. Le second : l'accord prévoit qu'Israël ne retirera ses forces que si le Hezbollah se désarme. Or, comme le note Kahana avec une pointe d'ironie, « tout le monde sait que cela n'arrivera que le jour où l'Iran deviendra Monaco ». Par conséquent, Tsahal restera dans la zone de sécurité libanaise jusqu'à nouvel ordre.

Kahana voit dans cet accord quelque chose de plus significatif encore : la consécration diplomatique de nouvelles frontières sécuritaires israéliennes, qui ancre officiellement dans un texte politique ce qui n'était jusque-là qu'une réalité de terrain. Son objectif stratégique, tel qu'il le formule, est clair : exclure l'Iran du jeu libanais par un accord politique. « Et c'est un très bon début. », estime Kahana.

Ronen Bergman : un accord utile, mais avec des trous

Journaliste d'investigation de réputation internationale, auteur du référentiel « Rise and Kill First » sur les opérations secrètes israéliennes, Ronen Bergman collabore au New York Times et à Yediot Aharonot.

Ronen Bergman adopte une position plus nuancée et analytique. Il commence par reconnaître la valeur minimale de l'accord : mieux vaut un accord que pas d'accord, tant pour Israël que pour le Liban. Il salue notamment la clarification explicite qu'Israël n'a aucune intention d'annexer une partie du territoire libanais et la réaffirmation que la responsabilité sécuritaire et souveraine sur l'ensemble du territoire libanais revient à l'armée libanaise, et à elle seule.

Il note également un acquis concret : les deux zones-pilotes, dans lesquelles Tsahal transférera le contrôle à l'armée libanaise pour tester sa capacité réelle à déloger le Hezbollah. Et il accorde au Premier ministre Netanyahou le crédit d'avoir obtenu l'exclusion de l'Iran des mécanismes de surveillance de l'accord, ce qui constitue « une gifle pour Téhéran », selon lui.

Mais Bergman consacre l'essentiel de son analyse à ce que l'accord ne dit pas. Il y relève quatre lacunes majeures. L'absence de calendrier, d'abord : pas de délais, pas de jalons contraignants, un dispositif entièrement conditionnel. L'absence de référence au cessez-le-feu imposé par Trump, ensuite, et au mécanisme de surveillance qui devrait en découler. Le troisième silence tient à la faisabilité de ce qui est prévu dans l'accord : en avril dernier, le ministre de la Défense Katz se félicitait déjà que l'armée libanaise ait « pris ses engagements » pour démilitariser le sud du Liban. On connaît la suite. Pourquoi en irait-il autrement aujourd'hui ? Enfin, le quatrième absent est le plus évident : le Hezbollah lui-même, qui n'est pas partie à l'accord et a d'ores et déjà annoncé son opposition résolue.

Bergman soulève également un parallèle historique troublant que plusieurs anciens responsables sécuritaires ont formulé en aparté durant le week-end : l'accord de 1983 signé entre Israël et le Liban comportait des formulations quasi identiques à celles du texte actuel. Conclu dans des circonstances similaires, il s'était effondré sous la pression conjuguée de l'opposition interne libanaise et de la Syrie. « L'histoire ne se répète jamais exactement, mais le défi central des deux accords est identique : la capacité du gouvernement libanais à imposer son autorité et à désarmer toutes les milices », rappelle-t-il, citant un ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères qui avait dirigé la délégation israélienne à l'époque.

Plus fondamentalement, Bergman s'attaque à ce qu'il considère comme une faillite stratégique israélienne plus profonde. Pendant près de trois ans de guerre, Israël a multiplié les succès militaires tout en faisant tout pour éviter de les transformer en accords politiques, comme si toute négociation était perçue comme une défaite ou un aveu de faiblesse. Résultat : au lieu de capitaliser sur ses victoires pour signer depuis une position de force, Israël s'est retrouvé à accepter des arrangements provisoires qui s'éloignent considérablement des objectifs de guerre annoncés. « La grande promesse était la victoire totale. Le texte de l'accord, lui, parle de zones-pilotes, d'annexes sécuritaires et de jalons », écrit-il. Et il conclut : « Le titre dit victoire. Les petites lignes disent : phase un. Le titre dit fin de la guerre. Les petites lignes disent : l'adversaire reste armé, organisé, enraciné, et attend. »

De ces trois analyses ressort globalement une vision positive de l'accord mais un scepticisme sur ses chances de parvenir à créer sur le terrain la nouvelle réalité à laquelle il prétend.

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