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Iran : la fermeture d'un lieu de recueillement dédié à Khamenei révèle les fractures du camp conservateur

Le sanctuaire improvisé érigé à l'endroit où Ali Khamenei a été tué a fermé ses portes après avoir été occupé pendant trois jours par des militants ultra-radicaux

3 minutes
28 juin 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Iran : la fermeture d'un lieu de recueillement dédié à Khamenei révèle les fractures du camp conservateur
Ali Khamenei, Photo : Wikipedia

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Ce lieu de recueillement installé près de l'endroit où Ali Khamenei a été éliminé a été fermé après avoir été investi par des militants ultra-conservateurs vêtus du kafan, le linceul blanc symbole du martyre dans le chiisme. Ces activistes, venus de Machhad à l'occasion de l'Achoura, avaient transformé le site en campement permanent sous le slogan de la « vengeance du sang du Guide suprême ».

Les responsables du Ravagh Keshvardoust, espace provisoire aménagé pour accueillir les cérémonies religieuses et les prières, ont expliqué que l'occupation avait profondément modifié sa vocation. Le lieu, conçu pour le recueillement, s'était transformé en base logistique avec distribution de repas, matériel de manifestation et hébergement des militants. Malgré plusieurs tentatives de médiation, les occupants ont refusé de quitter les lieux, conduisant les organisateurs à fermer le sanctuaire.

Au-delà de cet incident, l'affaire révèle une fracture grandissante au sein du camp fidèle à la République islamique. Il ne s'agit pas d'une opposition entre partisans et adversaires du régime, mais d'un affrontement entre deux visions de l'héritage de Khamenei.

D'un côté, les autorités souhaitent faire de sa mort un symbole d'unité nationale autour du nouveau pouvoir. De l'autre, les ultra-radicaux liés au Front Paydari entendent utiliser ce deuil comme un levier politique contre les responsables qu'ils accusent de concessions, notamment dans les négociations avec les États-Unis.

Depuis plusieurs semaines, ces militants multiplient les attaques contre le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, les accusant d'avoir trahi les « lignes rouges » fixées par Khamenei. Lors de plusieurs rassemblements, certains manifestants ont même réclamé leur exécution.

Selon plusieurs médias iraniens, le président Massoud Pezeshkian et Mohammad Bagher Ghalibaf ont déjà obtenu l'éviction de ces groupes des rassemblements officiels organisés chaque soir à Téhéran afin d'éviter qu'ils ne perturbent les discussions en cours avec Washington.

La fermeture du sanctuaire marque ainsi une nouvelle étape dans cette lutte d'influence. En sacralisant le lieu où Khamenei a trouvé la mort et en l'associant au récit chiite du martyre de l'imam Hussein à Karbala, les autorités espéraient renforcer la cohésion du régime. Mais cette rhétorique est désormais reprise par les factions les plus radicales pour contester leurs propres dirigeants.

Pour les observateurs, cet épisode illustre le défi auquel est confronté le pouvoir iranien : préserver l'unité du régime tout en contenant une aile ultra-conservatrice qui estime que toute ouverture diplomatique avec Washington constitue une trahison de l'héritage laissé par Ali Khamenei.

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