Dans son livre Combattre pour la liberté, publié aux éditions Michel Lafon, l’ancien directeur du Mossad Yossi Cohen revient sur l’une des opérations les plus spectaculaires attribuées au renseignement israélien : l’explosion de milliers de bipeurs et de talkies-walkies utilisés par le Hezbollah.
Selon les chiffres évoqués autour de cette opération, les explosions ont fait 32 morts et environ 3 500 blessés. La plupart des victimes étaient des membres du Hezbollah, même si des dommages collatéraux ont également été rapportés.
Yossi Cohen décrit une mission préparée pendant près d’une décennie. L’enjeu n’était pas seulement technique. Il ne suffisait pas de piéger des appareils : il fallait les faire entrer dans les circuits d’achat du Hezbollah, convaincre l’organisation de les utiliser, puis s’assurer qu’ils puissent passer ses contrôles internes.
L’ancien chef du Mossad raconte que le premier bipeur est arrivé sur son bureau bien avant l’exécution de l’opération. À partir de là, les équipes ont travaillé sur plusieurs niveaux : la conception de l’appareil, la dissimulation de l’explosif, la logistique, la chaîne d’approvisionnement et la manière de pousser le Hezbollah à adopter ces moyens de communication.
Car le Hezbollah ne reçoit pas ce type de matériel sans vérification. Ses services techniques peuvent démonter les appareils, inspecter les composants, chercher une anomalie ou une trace de manipulation. L’opération devait donc résister à ces examens. Selon Yossi Cohen, les dispositifs ont été conçus de manière à ne pas éveiller les soupçons, même en cas d’inspection approfondie.
Des essais auraient également été menés pour mesurer l’effet exact des explosions. L’objectif était de frapper la personne portant ou utilisant l’appareil, sans provoquer une destruction massive autour d’elle. C’est ce qui explique le caractère extrêmement ciblé de l’opération : les appareils n’étaient pas destinés à exploser au hasard, mais à neutraliser les membres du Hezbollah qui les avaient sur eux.
L’opération s’est déroulée en deux temps. D’abord, des milliers de bipeurs utilisés par le Hezbollah ont explosé simultanément. Le lendemain, ce sont des talkies-walkies appartenant également à l’organisation qui ont été touchés. La double vague a provoqué un choc majeur au sein du Hezbollah, déjà engagé dans une confrontation directe avec Israël depuis le début de la guerre au nord.
Au-delà du bilan humain, l’effet psychologique a été considérable. Le Hezbollah, qui avait justement recours à ces appareils pour éviter les téléphones portables jugés vulnérables à la surveillance israélienne, a découvert que ses moyens de communication supposés sûrs avaient été infiltrés. Pour une organisation fondée sur la clandestinité, la discipline sécuritaire et la méfiance permanente, le coup a été particulièrement dur.
Yossi Cohen présente cette opération comme un exemple du travail de longue haleine du renseignement israélien : patience, infiltration, anticipation et précision. Selon lui, sa force ne résidait pas seulement dans l’explosion des appareils, mais dans tout ce qui l’a précédée : pénétrer les circuits du Hezbollah, comprendre ses méthodes de contrôle, contourner ses mécanismes de sécurité et faire en sorte que l’organisation utilise elle-même des outils qu’elle croyait fiables. Une mission préparée pendant des années, avant d’être activée en quelques secondes.