Les désaccords entre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, ne portent pas uniquement sur l'organisation de la politique étrangère de l'Union. Selon plusieurs diplomates, Israël est également devenu un sujet majeur de friction entre les deux responsables. « Kallas entretient de très mauvaises relations avec von der Leyen et cherche à la pousser à adopter une ligne plus dure contre Israël », affirme un haut responsable européen. Divergences confirmées par un haut responsable israélien.
À la tête de la diplomatie européenne, Kaja Kallas défend depuis plusieurs mois une position jugée plus critique envers Israël que celle de la présidente de la Commission et que celle de nombreux États membres. Elle a publiquement plaidé en faveur de mesures européennes contre Israël et, selon plusieurs médias, aurait comparé en privé la politique israélienne à l'apartheid sud-africain. Ces déclarations avaient conduit le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, à suspendre ses contacts avec elle plus tôt ce mois-ci.
« À Bruxelles, tout le monde sait que Kaja Kallas n'a jamais entretenu de bonnes relations avec le gouvernement israélien. Elle affirme vouloir dialoguer, mais cherche en réalité à convaincre les dirigeants européens d'adopter des sanctions plus sévères contre Israël », poursuit la même source européenne.
Au-delà du dossier israélien, cette rivalité reflète une lutte de pouvoir sur le contrôle de la politique étrangère de l'Union européenne. Selon Euronews, Ursula von der Leyen aurait fait savoir à Kaja Kallas qu'elle « n'avait pas besoin d'elle » et chercherait à renforcer les prérogatives de la Commission au détriment du service diplomatique européen.
Cette bataille institutionnelle est également alimentée par un document, révélé par le Financial Times, soutenu notamment par la France et l'Allemagne, qui propose de réformer en profondeur le fonctionnement de la diplomatie européenne. Plusieurs scénarios sont envisagés, dont deux réduiraient les pouvoirs de Kaja Kallas au profit soit de la Commission européenne, soit des États membres.