Dix ans après la disparition d’Elie Wiesel, l’une des plus grandes voix de la mémoire de la Shoah continue de surprendre. Trois textes longtemps restés dans l’ombre viennent d’être présentés pour la première fois au public israélien grâce au travail du Dr Yoel Rappel, fondateur des archives Elie Wiesel à l'université de Boston. Certains de ces manuscrits n'étaient connus que d'une poignée de chercheurs.
Ces œuvres, écrites dans les années 1970, n'ont jamais trouvé leur place dans les 57 livres publiés par Wiesel. Pourtant, elles abordent sans doute la question qui l'a hanté toute sa vie : comment continuer à croire après Auschwitz ?
Parmi ces textes figure « Ani Maamin » (« Je crois »), une cantate inspirée du récit selon lequel des Juifs auraient chanté Ani Maamin en marchant vers les chambres à gaz de Treblinka. Dans cette œuvre bouleversante, Abraham, Isaac et Jacob interpellent Dieu et lui demandent comment il a pu laisser son peuple être exterminé, en particulier les 1,5 million d'enfants assassinés pendant la Shoah.
Le second manuscrit, « La folie de Dieu », prend la forme d'un dialogue philosophique inspiré d'un épisode réel vécu par Wiesel à Auschwitz. Trois rabbins y organisent symboliquement le procès de Dieu pour avoir laissé le massacre se produire. Après l'avoir déclaré coupable… ils se lèvent néanmoins pour réciter la prière du soir. Une scène qui résume à elle seule toute la complexité de la foi juive après la catastrophe.
Enfin, « Le Conte d'un Nigoun » raconte l'histoire d'un rabbin de ghetto confronté à une décision impossible : choisir dix Juifs qui seront pendus par les nazis à Pourim. À travers le chant hassidique, le nigoun, Wiesel montre que la musique devient le dernier refuge de la mémoire lorsque les mots ne suffisent plus.
Ces découvertes rappellent qu'Elie Wiesel n'a jamais prétendu avoir trouvé de réponse au mal absolu. Il répétait souvent qu'il n'avait pas perdu la foi, mais qu'il portait une « foi blessée ». Même face aux pires interrogations, il estimait que les questions étaient parfois plus importantes que les réponses.
À l'heure où disparaissent les derniers survivants de la Shoah, la publication de ces manuscrits offre une nouvelle fenêtre sur la pensée de celui qui demeure l'une des consciences morales les plus importantes du peuple juif et du XXᵉ siècle.