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Grèce: des « patrouilles » d'extrême gauche visent des touristes israéliens

Une véritable ''chasse'' aux touristes israéliens est menée dans les rues de Thessalonique par des ''patrouilles'' d'extrême-gauche.

5 minutes
3 juillet 2026

ParGuitel Benishay

Grèce: des « patrouilles » d'extrême gauche visent des touristes israéliens
Thessalonique. Photo: IStock

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Le samedi 27 juin dernier, le collectif anarchiste grec « Roubikonas », en collaboration avec les groupes « Lutte permanente pour la libération de classe » et « Initiative libertaire de Thessalonique », a organisé ce que ses membres ont eux-mêmes qualifié, dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, de « patrouille antisioniste » dans le quartier de la place Mavili, un secteur commerçant et touristique prisé du centre-ville. Selon les organisateurs, l'action visait à protester contre les investissements immobiliers israéliens dans la région et contre la présence d'intérêts économiques israéliens en Grèce.

Le communiqué du groupe, largement repris par la presse grecque, accusait notamment les touristes et investisseurs israéliens de vouloir « investir l'argent taché de sang du génocide » dans des locations Airbnb et des terrains vendus à prix cassés par l'État grec, tandis que « les peuples de Palestine et du Liban sont massacrés », selon les termes du communiqué. Des témoignages recueillis sur place font état de slogans scandés dans les rues, notamment des appels hostiles à Tsahal et des messages affirmant que la terre « appartient à ses habitants, pas aux sionistes ».

Le choix de la date n'est pas passé inaperçu : le 27 juin 2026 marquait, à quelques jours près, les 95 ans de la fondation des « bataillons d'assaut » de la Garde nationale grecque, une référence historique évoquée aussi bien par des voix de gauche que par le Conseil central des communautés juives de Grèce (KIS), qui a publié une déclaration officielle dénonçant l'apparition de « nouveaux bataillons d'assaut » patrouillant dans les rues pour « menacer et intimider Juifs, sionistes, Israéliens, touristes et commerçants ». Le KIS a rappelé que Thessalonique, autrefois une ville à majorité juive, a vu 95 % de sa communauté juive exterminée à Auschwitz, une histoire qui donne à cet épisode une résonance particulièrement douloureuse dans la ville.

Sur les réseaux sociaux, le journaliste et chercheur israélien Neil Bar a décrit ces actions comme des « tournées anti-sionistes », affirmant que ces collectifs anarchistes cherchaient à repérer des Israéliens à partir de signes distinctifs comme l'étoile de David ou la kippa, dans le but de les faire fuir du quartier.

L'incident a suscité une vague de réactions dans l'ensemble du paysage médiatique grec, des grandes chaînes de télévision comme Mega News aux sites d'information comme TA NEA ou Manifesto, en passant par de vifs échanges entre politiques, journalistes et citoyens sur les réseaux sociaux.

Face à ces attaques, plusieurs responsables du gouvernement grec ont choisi d'afficher publiquement et sans ambiguïté leur soutien à l'État d'Israël. Le ministre de la Migration et de l'Asile, membre du parti au pouvoir Nouvelle Démocratie, Thanos Plevris, a déclaré sur la chaîne Manifesto que la position du gouvernement était sans équivoque : « Israël est un avant-poste de l'Occident ! C'est ainsi que nous devons le considérer », affirmant que le combat mené par Israël concernait, selon lui, l'ensemble du monde occidental face à la menace que représente le Hamas.

L'ancien ministre Andreas Loverdos a pour sa part souligné, dans un entretien, l'importance stratégique d'Israël pour la Grèce dans le contexte des tensions avec la Turquie, estimant que le président turc Recep Tayyip Erdoğan « a très peur d'Israël » et, par extension, des relations grecques avec Israël et Chypre.

Du côté de la gauche radicale, plusieurs voix ont cherché à contrer ces critiques. Le journaliste Chris Avramidis a affirmé sur Twitter/X qu'il s'agissait d'une « tentative concertée de criminaliser un rassemblement pacifique d'antifascistes » portant des t-shirts pro-palestiniens. Lors d'un échange télévisé tendu avec le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, ce dernier a rejeté catégoriquement toute accusation contre Israël et a au contraire attaqué les militants d'extrême gauche ayant patrouillé dans les rues : « Je ne connais pas beaucoup de démocrates qui se promènent dans les rues comme des bataillons d'assaut en proférant des menaces [...] Ce sont des fascistes, ne vous y trompez pas ! »

Le porte-parole du gouvernement grec a confirmé officiellement que la justice avait déjà entamé des démarches afin d'examiner la légalité des agissements des militants d'extrême gauche : « La justice fera toute la lumière là-dessus, ne vous inquiétez pas, une enquête préliminaire est en cours [...] ceux qui, quels qu'ils soient, ont commis des actes illégaux, en répondront devant la justice. » Selon plusieurs médias grecs, le parquet examine notamment si les faits constituent une association de malfaiteurs, une incitation publique à la violence ou à la haine, ou encore une menace de commettre des infractions. Il a conclu en affirmant : « Il y a des fascistes dans les deux camps, et je le répète, dans ce camp-ci, ils sont pires. »

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