Sécurité

7 octobre: Pourquoi le Hezbollah n'a pas suivi le Hamas?

Des documents inédits publiés sur Galei Tsahal éclairent les relations entre le Hamas et le Hezbollah avant l'attaque du 7 octobre.

6 minutes
5 juillet 2026

ParGuitel Benishay

7 octobre: Pourquoi le Hezbollah n'a pas suivi le Hamas?
Photo by Chaim Goldberg/Flash90

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

Pourquoi Hassan Nasrallah, lui-même surpris par l'attaque du Hamas et par son calendrier, n'a-t-il pas engagé les forces Radwan déjà positionnées à la frontière pour attaquer la Galilée le 7 octobre 2023 ? Des documents internes du Hamas, révélés pour la première fois par le journaliste Doron Kadoch sur les ondes de Galei Tsahal et analysés par l'institut de recherche sur le terrorisme et le renseignement Meir Amit, retracent deux années d'efforts de coordination entre le Hamas et le Hezbollah avant l'attaque, et permettent de mieux comprendre pourquoi le nord d'Israël a finalement échappé à une attaque et le pays tout entier à un scénario qui aurait pu lui être fatal.

2019: Premiers contacts

Selon ces documents, les relations entre le Hamas et le Hezbollah ont connu des hauts et des bas au fil des années. Dès 2019, alors que le Hamas commençait à accélérer sérieusement la préparation de son projet d'attaque contre les forces israéliennes stationnées à Gaza, le chef du bureau politique du mouvement, Ismail Haniyeh, avait adressé une lettre à Hassan Nasrallah lui exprimant la confiance de ses coreligionnaires palestiniens dans son soutien futur face à Israël. Une missive similaire aurait également été envoyée au Guide suprême iranien Ali Khamenei, posant selon les documents les premiers jalons du rapprochement stratégique entre les deux organisations.

2021: l'opération ''Gardien des Murailles'', premier test grandeur nature

Deux ans plus tard, l'opération « Gardien des murailles » de mai 2021 aurait constitué un premier test concret de cette alliance. Un document interne du Hamas révèle qu'un centre de commandement conjoint réunissant des officiers du Hamas, du Hezbollah et des Gardiens de la révolution iraniens avait été mis en place à Beyrouth durant cette opération, le Hezbollah transmettant au Hamas des informations sur le déploiement militaire israélien à sa demande.

Plus significatif encore, selon le rapport du chef du renseignement militaire du Hamas à l'étranger, Khaled Ghanem, le Hezbollah aurait contribué à déjouer une opération israélienne visant à faire croire à une incursion terrestre dans le réseau de tunnels du Hamas, surnommé « le métro », en avertissant ses interlocuteurs deux heures avant son déclenchement. Un ancien responsable militaire israélien ayant participé au commandement de l'opération a confirmé, sur les ondes de Galei Tsahal, l'implication réelle du Hezbollah dans cet épisode. Le mouvement terroriste libanais aurait également averti le Hamas d'une tentative d'élimination ciblée visant le commandant du nord de Gaza, Ahmed Ghandour; tué plus tard durant la guerre actuelle, en détectant une activité de renseignement inhabituelle au-dessus de sa position à Jabaliya.

Malgré cette coopération, essentiellement limitée au domaine du renseignement, le Hamas aurait exprimé sa déception auprès de ses alliés de « l'axe de la résistance », réclamant un engagement plus soutenu du Hezbollah pour immobiliser des troupes israéliennes sur le front nord. Un haut responsable du Hamas basé à l'étranger aurait ainsi transmis ce message à Hajj Khalil Harb, l'un des adjoints de Nasrallah, qui aurait reconnu ne pas avoir été informé de cette volonté d'escalade et promis d'en discuter avec le chef du Hezbollah.

Mai 2022: la rencontre à Beyrouth et les réserves de Nasrallah

Un an plus tard, en mai 2022, une rencontre déterminante a réuni à Beyrouth deux hauts responsables du Hamas, Saleh al-Arouri et Khalil al-Hayya, avec Hassan Nasrallah et un général des Gardiens de la révolution. Les représentants du Hamas y auraient plaidé pour l'ouverture d'un affrontement de grande ampleur avec Israël, invoquant plusieurs arguments : la vague d'attentats qui touchait alors la Judée-Samarie et les villes israéliennes, la fragilité politique du gouvernement israélien de l'époque (le gouvernement Bennett-Lapid avait perdu sa majorité à la Knesset), l'attention internationale focalisée sur la guerre en Ukraine, et la volonté de freiner la dynamique de normalisation régionale avec Israël.

Contre toute attente, Nasrallah se serait montré réservé face à cette proposition, estimant que l'idée méritait discussion sur le principe, mais qu'il fallait d'abord définir clairement les objectifs de guerre avant d'en fixer l'ampleur, s'interrogeant notamment sur l'ambition réelle poursuivie, entre une destruction totale d'Israël et un objectif plus limité autour de la mosquée al-Aqsa.

Sinwar présente ses scénarios

Face à ces réserves, le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwuar, aurait alors transmis à Nasrallah une lettre présentant plusieurs scénarios possibles pour une future confrontation. Le premier, désigné « seconde opération de la Promesse », prévoyait une attaque surprise coordonnée sur tous les fronts visant l'effondrement total de l'État d'Israël, avec un calendrier envisagé autour d'une fête juive, Pessah étant jugée la plus appropriée. D'autres scénarios plus limités prévoyaient une implication partielle du Hezbollah, mais accordaient systématiquement une place centrale à la frontière jordanienne, Sinwar envisageant l'infiltration de terroristes depuis la Syrie et la Jordanie. Nasrallah aurait qualifié ce scénario de réaliste et réalisable, et se serait engagé à le soumettre à l'approbation de Khamenei, l'Iran devant, dans tous les cas de figure envisagés, rester en retrait direct du conflit.

2023: l'optimisme de Sinwar

En juin 2023, Sinwar a déclaré devant le bureau politique du Hamas réuni à Gaza que l'Iran et le Hezbollah avaient atteint un niveau de préparation élevé pour nouer une alliance de combat future avec le Hamas, évoquant des progrès significatifs perçus lors des échanges avec ses interlocuteurs. En août 2023, six semaines avant l'attaque, il se serait montré plus confiant encore devant le conseil de la choura du mouvement, affirmant sa certitude que de nombreux fronts s'ouvriraient contre Israël en cas de déclenchement d'une confrontation stratégique majeure. Un document du renseignement militaire du Hamas datant de la même période évoque toutefois l'existence d'un « blocage psychologique » persistant côté Hezbollah, ainsi que des hésitations internes.

7 octobre: le Hezbollah ne répond pas à l'appel

Ces hésitations n'auraient pas dissuadé Sinwar, convaincu que Nasrallah le rejoindrait le moment venu. Le matin du 7 octobre 2023, peu après le déclenchement de l'attaque, il aurait adressé une lettre au chef du Hezbollah, document déjà partiellement révélé par le journaliste Ben Caspit, s'excusant de l'effet de surprise et le pressant de participer sans délai à des tirs de roquettes massifs et au lancement d'une offensive terrestre d'ampleur. Selon les documents, Sinwar lui-même aurait été surpris de se retrouver seul dans les heures qui ont suivi : l'aide du Hezbollah, jugée symbolique, n'est arrivée qu'un jour plus tard.

Ces révélations permettent de mieux comprendre pourquoi l'attaque du 7 octobre n'a pas pris une ampleur bien plus dramatique encore : une intervention pleine et coordonnée du Hezbollah dans les heures suivant l'assaut initial aurait pu transformer l'ensemble de la Galilée en un second front majeur.

L'ensemble de ces documents a été analysé par les chercheurs de l'institut Meir Amit pour le renseignement et le terrorisme, qui doivent en publier prochainement l'intégralité.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER QUOTIDIENNE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI https://israj.media-j.com/newsletter

POUR RECEVOIR NOS INFORMATIONS EN DIRECT SUR WHATSAPP CLIQUEZ ICI http://tiny.cc/IsrajInfoIsrael

Tags