Une audience exceptionnelle se tient ce mardi à la Cour suprême concernant plusieurs recours juridiques concernant la nomination du général de division David Zini à la tête du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien. Cette procédure fait suite à une opposition exprimée par la conseillère juridique du gouvernement, estimant que le Premier ministre Benyamin Netanyahou est frappé d’un conflit d’intérêts l’empêchant de procéder à cette nomination, notamment en raison de son implication indirecte dans l'affaire dite du Qatargate.
L’audience a donné lieu à un échange particulièrement tendu entre le président de la Cour, le juge Yitzhak Amit, et deux autres membres du panel, les juges Alex Stein et Guila Kanfei-Steinitz, révélant une fracture au sein même de la haute juridiction sur la question de l’interprétation de la loi et du rôle de la conseillère juridique.
Le juge Stein a soutenu que le Premier ministre dispose du pouvoir légal explicite de nommer le chef du Shin Bet, même en cas de désaccord avec la conseillère juridique. « Le Premier ministre peut avoir une lecture différente de la loi », a-t-il déclaré, ajoutant : « Je lis le texte, il est clair. Ce qui dépasse le cadre du droit me met mal à l’aise. »
Le président Amit a fermement répliqué :
« La jurisprudence établit que la conseillère juridique est l’interprète autorisée de la loi pour le gouvernement. »
Ce à quoi Stein a répondu : « Ceci est notre rôle ». Le juge Stein a souligné que la conseillère juridique était elle aussi soumise à la loi et que l'avis qu'elle a rendu concernant la nomination du chef du Shin Bet est en contradiction avec la loi.
La juge Kanfei-Steinitz a, de son côté, critiqué le caractère radical de l’avis juridique formulé par la conseillère, regrettant qu’aucune alternative plus modérée n’ait été envisagée. La représentante de la conseillère juridique a justifié cette position par l’attitude précipitée de Netanyahou, qui aurait annoncé la nomination de Zini avant toute consultation approfondie. Elle a toutefois reconnu : « Il n’est pas certain que l’avis aurait été différent si Netanyahou avait procédé autrement. »
Le débat s’est également concentré sur la question du conflit d’intérêts lié à l’affaire dite du "Qatargate", impliquant des conseillers du Premier ministre. Le juge Stein a interrogé la représentante de la conseillère juridique sur le fait que le directeur du Shin Bet, selon la loi, peut lui-même choisir de ne pas traiter certains dossiers sensibles. Elle a répondu que le cadre du conflit d’intérêts ne pouvait être défini par le Premier ministre.