Depuis le 7 octobre, les géants de la tech font face à des pressions internes et externes inédites, les appelant à rompre leurs liens commerciaux et technologiques avec Israël. Entre protestations d’employés, accusations de « complicité dans un génocide » et campagnes de boycott, Google, Microsoft, Amazon, Meta – et même Nvidia – se retrouvent sur la sellette.
La guerre à Gaza, diffusée en continu sur les écrans du monde entier, alimente un climat tendu dans la Silicon Valley. Ces entreprises, toutes solidement implantées en Israël via des centres de R&D stratégiques, voient leur engagement remis en question. La loyauté envers l’État hébreu, à travers des contrats technologiques notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, se heurte à une mobilisation croissante de salariés, investisseurs et ONG.
Microsoft en est un exemple frappant. Une proposition d’actionnaires, emmenée par 60 investisseurs représentant 80 millions de dollars, exige la publication d’un rapport officiel sur l’usage potentiel de ses produits dans des violations du droit international par Israël. Le groupe a reconnu avoir fourni une aide technologique limitée et encadrée après le 7 octobre pour faciliter les opérations de sauvetage des otages, tout en affirmant ne pas pouvoir contrôler l’usage exact fait de ses outils.
Les tensions ont franchi un cap lorsque deux ingénieures ont été licenciées pour avoir interrompu un événement officiel à Seattle. D'autres employés ont publiquement accusé Microsoft de « blanchir des crimes de guerre ». Google, de son côté, fait face à une contestation plus organisée : des employés de DeepMind à Londres ont récemment lancé un syndicat, certains ont démissionné en signe de protestation, et plus d’un millier d’étudiants se sont engagés à boycotter Google et Amazon tant que le projet Nimbus – contrat cloud israélien de 1,2 milliard de dollars – ne sera pas abandonné.
Les actions de désobéissance civile se multiplient. À New York et en Californie, des sit-in ont été organisés sur des campus de Google, une intrusion dans le bureau du patron de Google Cloud a entraîné plus de 50 licenciements. Un ingénieur a été congédié sur-le-champ après avoir interrompu une conférence à New York en s’en prenant publiquement à Google Israël.
Les entreprises tentent de maintenir une neutralité de façade en limitant les échanges politiques internes, mais cela leur vaut d’être accusées de partialité ou de censure. Microsoft filtre les courriels contenant les mots « Palestine » ou « Gaza », tandis que Meta modère les posts internes pro-palestiniens, supprimant aussi les contenus jugés antisémites ou haineux.
Human Rights Watch et Amnesty accusent Meta de censure systémique des contenus pro-palestiniens. Le rapporteur de l’ONU pour les droits des Palestiniens, Francesca Albanese, va jusqu’à affirmer que Gafa seraient complices d’un « génocide », des propos vivement critiqués mais publiés dans un rapport onusien officiel.